Climat: pendant le confinement, la Suisse négocie

Le 24 novembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Franz Perrez, l'ambassadeur suisse à l'environnement.
Franz Perrez, l'ambassadeur suisse à l'environnement.
Ofev

La Confédération veut imposer ses standards au futur mécanisme de flexibilité prévu par l’accord de Paris, confirme l'ambassadeur suisse à l'environnement.

Signé ! Une semaine après avoir annoncé sa conclusion, les représentants des gouvernements suisse et ghanéen ont paraphé l’accord climatique qui marque désormais la collaboration entre les deux pays.

Son principe est connu. Pour «compenser» une partie des émissions du trafic routier helvétique[1], les importateurs de carburant vont pouvoir investir dans des projets climatiques grâce auxquels les pays ayant conclu des accords avec la Confédération réduiront leur empreinte carbone. En contrepartie, ils obtiendront des certificats d’émission qu’ils devront rendre au gouvernement suisse. Des entreprises visant la neutralité carbone  purront aussi mettre en œuvre des prjets de réduction d’émission dans le cadre de ce type d’accord.

carbone et ODD

Suivant la nouvelle loi CO2, la Suisse va réaliser 75% de son objectif de réduction pour 2030 avec des mesures domestiques. Le solde devra être trouvé à l’étranger.  Mais pas n’importe comment, insiste Franz Perrez. «Pour être validés, ces projets devront respecter des critères climatiques (additionnalité) et relatifs aux droits humains et à l’environnement», souligne l’ambassadeur suisse à l’environnement. La conjugaison des objectifs de développement durable  et des crédits carbone, en quelque sorte.

Au Ghana, les investisseurs suisses auront le choix. L’accord conclu, le 23 novembre, évoque l’installation de plusieurs centaines de milliers d’installations photovoltaïques décentralisées. Autre option: la généralisation de fours à haut rendement thermique. Ces deux types de projets permettront de réduire la consommation de kérosène (pour l’éclairage) et de bois-énergie. Il y a quelques semaines, Berne a conclu un accord comparable avec le Pérou, qui porte notamment sur la distribution de fours efficaces à des ménages modestes de l’Altiplano.

longueurs d'avance

Alors que les discussions internationales sur le climat sont au point mort, la Suisse poursuit ses tractations. «Nous négocions actuellement avec une dizaine de pays», confirme Franz Perrez. De quoi prendre quelques longueurs d’avance. En multipliant les accords bilatéraux, la Confédération anticipe l’arrivée (à moyen terme) du dispositif de flexibilité prévu par l’accord de Paris. Celui-ci succédera au mécanisme de développement propre (MDP) créé, lui, par le protocole de Kyoto.

Engagées à Katowice, en 2018, les négociations sur les règles d’application de l’accord de Paris, et notamment de son article 6 (lequel prévoit le successeur du MDP) piétinent. «Certains pays ne veulent pas de négociations virtuelles. Lors de la dernière COP, il y a eu un blocage de la part du Brésil qui ne voulait pas d’un système permettant d’éviter le double comptage des émissions. Brasilia voulait aussi intégrer au futur mécanisme les crédits générés dans le cadre du protocole de Kyoto», résume le diplomate suisse.

Un an avant l’ouverture prévue de la COP 26, la Suisse veut, en multipliant les accords bilatéraux de compensation, imposer ses standards environnementaux, climatiques et sociaux aux futurs utilisateurs de crédits carbone internationaux. Un pari audacieux.



[1] La Suisse utilisera des réductions internationales seulement pour compenser une partie des émissions du trafic routier.