Climat: les modélisations se suivent, les conséquences restent

Le 29 janvier 2021 par Jean Jouzel
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La neutralité carbone, c'est urgent.
La neutralité carbone, c'est urgent.
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Parce que les annonces passées des modélisateurs se vérifient aujourd'hui, il est urgent de réduire massivement nos émissions de Ges et de s'adapter aux conséquences annoncées du réchauffement, martèle le climatologue Jean Jouzel.

 

En ce début d’année, mes collègues de Météo-France viennent de publier une synthèse des résultats portant sur de «nouvelles projections climatiques de référence pour la métropole (DRIAS 2020)». Elles font la synthèse d’une série de projections climatiques régionalisées réalisées dans le cadre du projet Euro-Cordex. Ces nouvelles données, très bien documentées, vont remplacer celles présentées en 2014 dans le rapport sur «Le climat de la France au 21ème siècle» à l’élaboration duquel j’avais eu le plaisir d’être associé. Même s’il y a des différences notables, avec des réchauffements un peu plus élevés en 2020, jusqu’à près de 0,5 °C dans le cas du scénario émetteur, ces deux publications sont caractérisées par une remarquable continuité.

un présent compatible avec les modélisations passées

A quelques rares exceptions ou inflexions près, cette continuité caractérise également les projections de l’évolution future de notre climat que, depuis trente ans, nous délivrent les rapports successifs du GIEC en réponse à différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre liées à nos activités. Qui plus est, le climat que nous connaissons aujourd’hui est globalement compatible avec les projections présentées en 1990 dans le premier rapport du GIEC. Ceci concerne aussi bien le rythme de réchauffement et son amplification dans les régions de l’Arctique que l’accélération de l’élévation du niveau de la mer ; en outre, l’intensification de certains événements extrêmes, envisagée dans le troisième rapport publié en 2001, est désormais perceptible.

neutralité carbone en 2050

Que mes collègues modélisateurs du climat - pour ma part je m’intéresse avant tout à son évolution passée - aient, dès les années 1980, correctement anticipé ce que nous vivons aujourd’hui, nous invite à faire confiance à ce qu’ils envisagent à horizon 2050 et au-delà. Leur message est clair : pour que les jeunes d’aujourd’hui puissent s’adapter au climat qu’ils connaîtront dans la seconde partie de ce siècle, il faut enclencher, de façon urgente, une réduction des émissions suffisamment rapide et massive pour que la neutralité carbone soit atteinte, si possible dès 2050.

la faute aux négationnistes du réchauffement

Ce message de neutralité carbone était déjà clairement énoncé dans les années 1990 et d’ailleurs pris en compte dans la Convention Climat dès 1992, mais sans objectif chiffré. Il eut été moins difficile qu’aujourd’hui de se mettre sur une trajectoire d’émissions compatible avec un réchauffement à long terme limité à 1,5 °C par rapport aux conditions pré-industrielles. Je regrette qu’il n’ait alors pas été fait suffisamment confiance aux modélisateurs du climat, à cause, en partie, d’un climato-scepticisme sans réelle justification. Evitons de renouveler cette erreur. Faisons pleine confiance aux modélisateurs du climat qui savent aussi faire la part aux incertitudes, à ces « nouvelles projections de référence pour la métropole » et à celles qui seront, dès l’été prochain, présentées dans le cadre du 6ème rapport du GIEC.