Climat: les dirigeants européens seront-ils à la hauteur?

Le 07 décembre 2020 par Romain Loury
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Réponse d'Ursula von der Leyen d'ici la fin de la semaine
Réponse d'Ursula von der Leyen d'ici la fin de la semaine
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Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se réuniront les 10 et 11 décembre pour fixer un nouvel objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030. Si le chiffre d’au moins 55% proposé par la Commission européenne ne fait plus débat, de nombreux points restent à trancher.

La nouvelle NDC européenne sera-t-elle à la hauteur des enjeux? Jusqu’alors fixée à une baisse de 40% des émissions en 2030 (par rapport à 1990), la feuille de route climatique présentée mi-septembre par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, propose de rehausser cet objectif à au moins 55%. Le verdict pourrait tomber cette semaine, au terme d’une réunion du conseil de l’UE prévue jeudi et vendredi.

Pour Lucie Mattera, cheffe des politiques européenne de l’ONG E3G, «ce qui se joue, c’est le leadership et la compétitivité» de l’UE, a-t-elle estimé lors d’un point presse organisé lundi 7 décembre. Après l’objectif, annoncé jeudi 3 décembre par Boris Johnson, d’une baisse de 68% des émissions britanniques d’ici à 2030, les attentes sont grandes. Le très probable retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris, ainsi que les récentes annonces de neutralité carbone de plusieurs pays asiatiques (Chine, Japon, Corée du Sud), font aussi monter la pression sur les dirigeants européens.

Autant de raisons pour lesquelles aucun Etat-membre de l’UE ne se montre clairement opposé à l’objectif annoncé mi-septembre par Ursula von der Leyen, même si certains (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie) souhaitent l’assortir de conditions. Certains, tels la Finlande, le Danemark et la Suède, souhaitent même aller plus loin pour le porter à 60%, voire 65%, faisant ainsi écho au Parlement européen.

Des points qui font débat

Si l’objectif global semble a priori partagé, plusieurs points critiques demeurent, a résumé Neil Makaroff, responsable des politiques européennes au Réseau action climat France (RAC). En particulier sur la part de chaque Etat: Emmanuel Macron penche ainsi sur un objectif reposant sur le marché carbone européen, qui ne porte à ce jour que sur la production électrique et l’industrie. Ce qui, dans les faits, ferait principalement porter le poids sur les pays les plus industrialisés et dont la production électrique est plus carbonée, tels l’Allemagne et la Pologne, bien moins sur la France.

Autre point clé, le périmètre des émissions visées par cet objectif de -55%: s’agira-t-il des émissions réelles, ou faut-il y inclure l’absorption de carbone par les forêts et les sols? Avec cette dernière option, la baisse des émissions réelles serait de facto abaissée à une fourchette comprise entre 50% et 52%, pas bien éloigné des 47% que l’UE atteindrait en 2030 en appliquant correctement son actuelle législation.

«Les pays scandinaves, l’Autriche et les Pays-Bas se montrent opposés à l’inclusion des sols dans le calcul des émissions, mais d’autres pays sont assez silencieux, comme la France. Prendre en compte l’absorption par les sols dans les émissions affaiblirait les ambitions, et ne passerait pas inaperçu au niveau mondial», craint Neil Makaroff, selon qui «les négociations sont en cours, et les lignes assez mouvantes».

Enfin, le rôle du nucléaire fait aussi débat: si la France, la République tchèque et la Bulgarie poussent pour que ce mode de production électrique soit présenté comme une solution, d’autres pays, tels le Luxembourg, l’Autriche et l’Allemagne, ne veulent pas en entendre parler.

Transport terrestre et bâtiment inclus à l’ETS

Par ailleurs, la feuille de route climatique propose, parmi ses pistes d’action, que les transports terrestres et le bâtiment soient intégrés au système communautaire d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS), les excluant ainsi règlement du partage de l’effort (ESR). Ce qui, pour Diane Strauss, directrice France de Transport & Environnement, pourrait engendrer une démobilisation des Etats sur ces sujets. Or ceux-ci ont connu de fortes avancées au cours des dernières années, telles que les zones à faibles émissions (ZFE), les pistes cyclables et la rénovation des bâtiments.

Selon les prévisions de Transport & Environnement, l’intégration des transports terrestres dans l’ETS n’aurait aucun effet sur les émissions du secteur à l’horizon 2030, et n’engendrerait qu’une baisse de 10% en 2050. Le prix du carburant pourrait quant à lui grimper de 20 centimes d’euro à la pompe, au risque de nouvelles colères sociales.