Climat: les Anglais tirent les premiers

Le 03 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Boris takes the lead.
Boris takes the lead.
DR

Londres affiche désormais l’un des objectifs climatiques les plus ambitieux du monde.

Cette fois, les Européens ne devront s’en prendre qu’à eux-mêmes. Alors que les chefs de gouvernements et d’Etats des 27 peinent depuis des mois à s’accorder sur la nouvelle ambition climatique du Vieux monde, le Royaume-Uni dégaine la sienne.

Dans la soirée du 3 au 4 décembre, Londres a présenté les grandes lignes de sa nouvelle contribution nationale volontaire (NDC). Après les annonces chinoise, japonaise, sud-coréenne, et les promesses du président-élu des Etats-Unis, la Grande-Bretagne se place résolument dans le peloton de tête des pays décarbonateurs.

leadership climatique

Dans un communiqué, le premier ministre britannique annonce que son pays entend désormais réduire de 68% ses émissions de gaz à effet de serre (Ges) entre 1990 et 2030. Le précédent objectif légal était de 61% sur cette période. A l'horizon de 2050, le royaume continue de viser la neutralité carbone.

En pleine négociation sur le Brexit, Londres adresse un formidable pied de nez à ses anciens partenaires européens, qui, de leur côté, ambitionnent de baisser de 55% leurs rejets de Ges sur la période considérée[2]. Bien moins ambitieux. «Aujourd’hui, nous prenons la tête avec un nouvel objectif ambitieux», a commenté le premier ministre Boris Johnson.

Cette annonce surprend agréablement les observateurs. Le 18 novembre, le locataire du 10 Downing Street avait publié un plan en 10 points un peu brumeux. Doté d’une quarantaine de milliards de livres, ce programme visait surtout à accélérer le déploiement d’éoliennes en mer et à soutenir la branche nucléaire de Rolls-Royce. Sans plus. Le détail de la NDC made in UK devrait être connu dans le courant de la semaine prochaine.

baisse du thermomètre

Une semaine avant l’ouverture du sommet de l’ambition climatique, au cours duquel sera célébré le 5e anniversaire de l’accord de Paris, l’annonce britannique comblera d’aise les scientifiques.

Les climatologues du Climate Action Tracker (CAT) ont évalué l’impact climatique des promesses de ces dernières semaines. En additionnant les engagements de neutralité carbone faites par la Chine, l’Afrique du Sud, le Japon, la Corée du Sud, le Canada, les chercheurs estiment que le réchauffement pourrait finalement se stabiliser à 2,2 °C avant la fin du siècle. Voire être ramené à 2,1 °C, pour le cas où le futur président des Etats-Unis, Joe Biden, mettrait rapidement et efficacement en œuvre son programme climatique. Avec les annonces colombienne et britannique, le mercure pourrait se rapprocher un peu plus des 2 °C: l’un des objectifs, justement, de l’accord de Paris.



[1] Jusqu’à présent, le Royaume-Uni ambitionnait d’abattre de 53% ses émissions entre 1990 et 2030.

[2] Faute d’accord au conseil européen de novembre, l’objectif européen reste de baisser les émissions de 40% entre 1990 et 2030.