Climat: le vrai-faux engagement des pétroliers

Le 17 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les compagnies s'engagent à réduire l'intensité carbone de leur production.
Les compagnies s'engagent à réduire l'intensité carbone de leur production.
Equinor

Douze compagnies pétrolières, membres de l’Oil & Gas Climate Initiative, veulent réduire l'intensité carbone de leur production. Un objectif dérisoire.

Les compagnies pétrolières sont désormais dans le droit chemin climatique. Pionnières dans la réutilisation du CO2, avant de nier l’ampleur du réchauffement, le Big Oil prend désormais des engagements compatibles avec l’Accord de Paris. C’est du moins le discours officiel.

Ces derniers mois, BP, Repsol, Shell, Total ou Ludlin ont annoncé vouloir décarboner leurs activités. La plupart de ces pétrolières n’hésitant pas à afficher des objectifs de neutralité carbone à des horizons et sur des périmètres divers. Le secteur semble vouloir aller plus loin encore. Le 15 juillet, les membres de l’Oil & Gas Climate Initiative (OGCI) ont affiché leur intention de réduire l’intensité de leur production.

12 majors

Pour la première fois, ces 12 majors, dont ExxonMobil, Chevron, CNPC, Total, Shell ou Aramco, se fixént un objectif d’intensité carbone. En réduisant le torchage de routine (promesse faite il y a une quinzaine d'années), les fuites de méthane et en améliorant l’efficacité énergétique de leurs installations, ces compagnies, productrices du tiers des hydrocarbures consommés dans le monde, émettront de 20 à 21 kg de gaz à effet de serre par baril équivalent pétrole, en 2025, contre 23 kg en 2017. A niveau de production inchangé, les membres de OGCI estiment pouvoir alléger de 36 à 52 millions de tonnes de GES par an leur empreinte carbone à la mi-temps de la décennie.

Cet objectif relève plus du greenwashing que d’une réelle ambition climatique. En promettant, collectivement, d’abattre de 13% leurs émissions industrielles internes, les membres de l’OGCI font moins bien que les confrères de International Association of Oil & Gas Producers (OGP): 18 kg de CO2 par baril. Un détail : la plupart des membres de l’OGCI font aussi partie de l’OGP.

chacun ses objectifs

A quel objectif se raccrocher ? Mystère. D’autant que certains poids lourd, comme Aramco (10% de la production mondiale), affichent des performances déjà bien supérieures aux mantras de la profession. La compagnie nationale saoudienne estime déjà l’intensité carbone de sa production à 10 kg de CO2 par baril: 2 fois moins que l’ENI italienne et trois fois moins que Total !

De plus, les objectifs des deux lobbys pétroliers portent sur l’intensité carbone et non sur les émissions réelles de leurs membres. En cas d’augmentation de la production, les compagnies émettront, peut-être moins par baril extrait, mais plus en valeur absolue.

Enfin, les compagnies n’entendent agir que sur leurs émissions propres et non celles générées par l’utilisation de leurs produits. En 2019, les puits et les raffineries de BP ont directement rejeté 52 millions de tonnes de gaz à effet de serre. La combustion des carburants et combustibles verts et blancs a relâché 7 fois plus de GES.