Climat : le mauvais élève polonais veut s’amender

Le 10 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Michal Kurtyka, le ministre du climat de Pologne.
Michal Kurtyka, le ministre du climat de Pologne.
WNA

Varsovie présente une stratégie énergie-climat pour 2030 dont l’objectif est incompatible avec les prochains objectifs de réduction d’émission communautaires.

Ce n’est pas un hasard. Mardi 8 septembre, le ministre polonais du climat a présenté la stratégie énergétique nationale pour 2040 (PEP 2040). Un programme qui conjugue réduction de la consommation de charbon et de lignite, amélioration de l’efficacité énergétique et justice sociale. Un triptyque déjà décliné, en 2018, lorsque Michal Kurtyka présidait aux destinées de la 24e COP climat.  

Depuis, le contexte a évolué. La nouvelle commission européenne a fixé de nouveaux objectifs climatiques aux 27 et un ambitieux programme d’intervention: le pacte vert. Un Green Deal nanti de très importants financements communautaires: 550 milliards d’ici à 2027. Sans compter les soutiens qui seront accordés aux régions en transition.

Longtemps considérée comme le mauvais élève climatique de l’Union européenne, la Pologne n’entend pas regarder passer ce train. Mais le premier producteur européen de charbon devra tout à la fois réduire production et consommation de houille de lignite, décarboner sa production d’énergie, maîtriser sa demande de chaleur et d’électrons. Bref, bouleverser un système énergétique hérité de décennies d’économie planifiée.

des zlotys par milliards

D’ores et déjà, Varsovie prévoit de consacrer 200 milliards de zlotys (45 Md€) à sa transition énergétique, dont 90 milliards (20 Md€) pour l’accompagnement des régions minières. Ne rêvons pas : ce sera beaucoup plus coûteux.

Pour décarboner son bouquet électrique, la Pologne mise sur le nucléaire et les énergies renouvelables. Dans 20 ans, la part du charbon pourrait ne plus représenter que 37,5% du productible : deux fois moins qu’aujourd’hui. Parallèlement, Varsovie prévoit de mettre en service, entre 2033 et 2043, de 6 à 9 GW de capacités nucléaires.

Les services de Michal Kurtyka imaginent faire construire une demi-douzaine de réacteurs de 1.000 à 1.600 MW de capacité unitaire. Un projet qui traîne dans les cartons ministériels depuis les années … 1970. Les fondations pour 4 réacteurs VVER de 440 MW ont même été coulées à proximité du lac Zarnowiec (Poméranie). Les travaux furent définitivement abandonnés en 1990. Au début du siècle, Areva (aujourd’hui Orano, intégrée au groupe EDF) imaginait vendre des réacteurs EPR à la Pologne. Nous n’en sommes plus là.

coopératives d'énergies renouvelables

En complément du parc nucléaire, des opérateurs polonais et étrangers sont prêts à se jeter à l’eau. Douze projets de parcs éoliens marins sont actuellement à l’étude dans la zone économique exclusive polonaise, pour une capacité totale de près de 8 GW. Pour éviter une situation à l’allemande (où l’essentiel des capacités renouvelables est situé dans le nord du pays), Varsovie veut favoriser le foisonnement. Notamment en développant les coopératives de production d’électricité verte.

D’ici à 2030, plus de 300 zones de production éoliennes ou photovoltaïques pourraient être ouvertes, annonce la stratégie nationale, pour une capacité totale installée de 30 à 40 GW. Au total, 150 milliards de zlotys (33 milliards d’euros) pourraient être investis dans la production d’électricité décarbonée (nucléaire et renouvelable). De quoi créer 300.000 emplois, espère le gouvernement : trois fois plus que le nombre de gueules noires potentiellement affectées par la baisse de la demande de charbon et de lignite.

Pour pallier l’échec du gaz de schiste, la Pologne va développer ses importations de gaz naturel et liquéfié. Un gazoduc sera construit pour importer du gaz norvégien, via le Danemark (Baltic pipe connexion). D’autres interconnexions sont prévues avec les pays voisins, ainsi que la construction d’un terminal de regazéification du GNL.

réseaux de chaleur

Décarboner la Pologne n’est pas qu’une affaire d’électricité. Mais aussi, et peut-être surtout, d’efficacité énergétique. Le gouvernement conservateur veut engager un vaste programme de rénovation thermique des logements. Ce qui passera aussi par le raccordement à des réseaux de chaleur collectif de 1,5 million de logements supplémentaires ces 10 prochaines années. En 2030, 85% des réseaux de chaleur ou de froid, de plus de 5 MW de puissance, devront être bas carbone. Ces deux mesures doivent réduire d’un tiers la précarité énergétique des Polonais, assure le plan national.

De l’efficacité énergétique, il en est aussi question dans l’industrie. En développant des certificats d’économie d’énergie, par exemple. Plus original: le ministère de l’industrie propose de construire de petits réacteurs nucléaires à haute température (300 MWth) et à cogénération, pour la production de chaleur industrielle et d’électricité. Et pourquoi pas d’hydrogène? Au siècle passé, Siemens avait tenté d’imposer cette technologie en Afrique du sud. La licence du consortium allemand pourrait désormais appartenir à … EDF.

quels objectifs?

Encore à l’état de projet, la PEP 2040 doit être validée par le gouvernement. Elle n’a qu’un seul véritable défaut : son objectif. Varsovie ne veut réduire que de 45% ses émissions carbonées entre 1990 et 2030. Mercredi prochain, la présidente de la Commission européenne rehaussera l’ambition climatique communautaire. Les 27 devront non plus réduire de 40% en moyenne leurs émissions mais de 55% entre 1990 et 2030. Varsovie peut d’ores et déjà remettre son ouvrage sur le métier.