Chasse: rebelote pour la tourterelle des bois

Le 24 juillet 2020 par Romain Loury
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La tourterelle des bois (Streptopelia turtur)
La tourterelle des bois (Streptopelia turtur)

Dans un projet d’arrêté soumis à consultation depuis mercredi 22 juillet, le ministère de la transition écologique propose un quota de chasse de 17.460 tourterelles de bois pouvant être prélevées sur la saison 2020-2021. Et ce alors que l’Union européenne lui a adressé un avis motivé début juillet sur la gestion des oiseaux menacés.

Trois espèces, deux approches différentes: fin juin, deux arrêtés mis en consultation édictaient des quotas zéro pour le coulis cendré et la barge à queue noire. Un mois plus tard, la tourterelle des bois n’a pas eu la même chance: dans un projet d’arrêté mis en consultation du mercredi 12 juillet jusqu’au mercredi 12 août, le ministère de la transition écologique prévoit un quota de 17.460 individus à abattre sur la saison de chasse 2020-2021.

L’espèce connaît pourtant un fort déclin en Europe: entre 1980 et 2015, ses effectifs ont plongé de 78%, avec un déclin particulièrement fort sur la voie de migration occidentale (dont la France), selon des chiffres de l’association BirdLife.

Désormais classée «vulnérable», la tourterelle fait partie des quatre espèces vouées à la gestion adaptative (avec le courlis cendré, la barge à queue noire et le grand tétras). A savoir une fixation du nombre de prélèvements en fonction des effectifs –processus qui, selon les associations, est un cadeau fait par l’Etat aux chasseurs accros aux espèces menacées.

Une baisse de 3% pour accompagner le déclin de l’espèce

Contrairement au courlis cendré, pour lequel la gestion adaptative n’est pas encore mis en place (d’où le quota zéro), la tourterelle cendrée va faire les frais de ce nouveau mode de gestion. Après le quota de 18.000 individus fixé en 2019-2020, une baisse de 3% a été décidée cette année, «pour tenir compte d’une baisse de population estimée à 3% par an».

Saisi  à ce sujet en 2019, le comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA) avait tout d’abord proposé la mise en place temporaire de quotas zéro, «afin de maximiser les chances d’une stabilisation des effectifs à court terme». Le ministère de la transition écologique l’avait prié de revoir ses calculs, le CEGA proposant alors un quota de 18.300 individus (1,3% de la population estimée), qui «correspond à 50% de la valeur maximale estimée comme soutenable par les modèles démographiques».

la chasse française dans le viseur de bruxelles 

Comme l’an dernier, les chasseurs seront tenus de signaler leurs prises via l’appli Chass’Adapt. Lors de la saison 2019-2020, seuls 4.950 oiseaux avaient été prélevés (et déclarés) sur le quota de 18.000, laissant planer un doute sur une éventuelle sous-déclaration.

Selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), la France «tente de pigeonner l’Europe». Le 2 juillet, la Commission européenne a en effet adressé un avis motivé à la France, lui demandant d’interdire certaines méthodes de chasse non sélectives, dites «traditionnelles», telles que colle, filets et pièges, tout en la mettant en garde au sujet de la chasse à l’oie cendrée lors de sa migration, pratique interdite par l’UE.

«Les Etats membres peuvent déroger à certaines dispositions de la directive [Oiseaux], mais seulement à certaines conditions strictes, qui ne sont pas remplies en l’espèce, notamment parce que la plupart des espèces capturées ne présentent pas un bon état de conservation», expliquait la Commission, qui menace de saisir la Cour de justice de l’UE.

Sur les 64 espèces chassées en France, seules 20 sont dans un bon état de conservation. En 2019, la LPO avait saisi le Conseil d’Etat pour lui demander d’annuler l’arrêté fixant le quota de 18.000 tourterelles des bois. A ce jour, il n’a pas encore été jugé sur le fond.

Ce nouvel épisode révèle, une fois de plus, la grande attention portée au milieu cynégétique par le gouvernement. Vendredi 17 juin, la nouvelle ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, accordait une entrevue au président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, une rencontre mal digérée par les associations.