Canicule: la climatisation, avenir forcé des Parisiens?

Le 26 juin 2020 par Romain Loury
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A la fin du siècle, un à deux épisodes caniculaires par an à Paris
A la fin du siècle, un à deux épisodes caniculaires par an à Paris

Les Parisiens pourront difficilement se passer de la climatisation lors des futures vagues de chaleur, y compris avec la végétalisation urbaine et l’isolation des bâtiments, révèle une étude française publiée dans les Environmental Research Letters.

Avec le réchauffement, les canicules devraient devenir monnaie courante lors des étés parisiens. Or la climatisation, si elle constitue une stratégie d’adaptation, accroît fortement la consommation énergétique. Ce qui, selon Vincent Viguié, chercheur au Cired[i] (Ecole des ponts ParisTech), constitue «un véritable cercle vicieux en termes de changement climatique».

De plus, la climatisation, si elle rafraîchit l’intérieur des bâtiments, rejette de la chaleur à l’extérieur. «Cet effet est loin d’être négligeable: pour quelqu’un qui n’a pas les moyens de s’équiper, ou pour une personne dans la rue, la situation s’aggrave» lorsque le recours à la climatisation augmente, indique le chercheur. Selon l’étude qu’il a menée avec ses collègues du CNRS et CSTB[ii], sa généralisation pourrait même conduire à une hausse thermique de 3 °C à l’extérieur.

Une équation difficile à résoudre

Comment résoudre ce hiatus entre adaptation et atténuation? Difficilement, révèlent ces travaux. Analysant un scénario climatique intermédiaire (RCP6.0)[iii], les chercheurs ont testé trois stratégies extrêmes: primo, la végétalisation de la ville, avec remplacement d’un immeuble sur 10 par un parc. Deuxio, l’isolement de tous les bâtiments, avec pose généralisée de toitures réfléchissantes. Tertio, une climatisation certes généralisée, mais avec un thermostat réglé à 28°C dans les logements et à 26°C dans les bureaux –au lieu de 23°C partout.

D’un point de vue thermique, les trois solutions s’avèrent équivalentes, avec une baisse cumulée de 4,2°C de la température nocturne à l’extérieur, chacune réduisant d’environ 20 minutes le temps quotidien passé au-dessus de 26°C. Mais en termes d’économie énergétique, ce sont les changements de comportement, notamment avec une climatisation moins intense, qui engendrent les meilleurs résultats: -43% de la consommation d’énergie, contre -2% pour la végétalisation et -17% pour l’isolement des bâtiments.

Une facture énergétique qui peut être diminuée

«Sans recours à la climatisation, le seul recours aux deux autres mesures ne sera pas compatible avec un scénario climatique médian», commente Vincent Viguié auprès du JDLE. Toutefois, combiner les trois approches permettrait de réduire de 62% le montant de la facture, et «ce sont les mesures comportementales qui ont le plus d’impact», ajoute le chercheur.

Non évaluées dans l’étude, des mesures politiques d’adaptation pourraient aussi aider la population à mieux supporter l’été parisien. Par exemple «en réservant la climatisation aux maisons de retraite, aux hôpitaux et aux écoles, en faisant partir les personnes vulnérables des centres villes l’été, en ouvrant les parcs la nuit», indique Vincent Viguié. «Sans changement d’organisation, il sera difficile de se passer de la climatisation, mais on peut aménager les politiques pour la rendre moins intense», conclut-il.



[i] Centre international de recherche sur l’environnement et le développement

[ii] CNRS : Centre national de la recherche scientifique. CSTB : Centre scientifique et technique du bâtiment

[iii] Les scénarios RCP6.0 prévoient une augmentation moyenne de la température mondiale de +2,8°C en 2081-2100 par rapport à 1850-1900. Selon des modélisations précédentes de la même équipe, cela équivaut, pour les étés parisiens, à une ou deux épisodes caniculaires par an à la fin du siècle (2070-2099), contre un tous les 9 ans sur la période 1960-1989. Leur durée devrait aussi s’allonger, passant de 5-8 jours en 1960-1989 à 6-12 jours à la fin du siècle.