Cancers pédiatiques en Loire-Atlantique: les autorités font chou blanc

Le 30 septembre 2020
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Sainte-Pazanne, au sud-ouest de Nantes
Sainte-Pazanne, au sud-ouest de Nantes

Les habitants de Sainte-Pazanne et de ses environs, dans la Loire-Atlantique, connaîtront-ils un jour les causes du foyer de cancers pédiatriques qui les frappe depuis 2015? Peut-être, mais pas de la bouche des autorités: Santé publique France et l’agence régionale de santé (ARS) Pays-de-la-Loire, bredouilles, ont décidé de clore les investigations.

«Il ne peut pas y avoir de cause, car ils n’ont pas vraiment cherché», s’insurge Marie Thibaud, présidente de Stop aux cancers de nos enfants, association dont l’objectif est de faire la lumière sur le foyer de cancers pédiatriques observé depuis 2015 dans plusieurs communes situées à une trentaine de km au sud-ouest de Nantes.

Pire, il n’y aurait pas, selon Santé publique France, un nombre significativement élevé de cancers pédiatriques par rapport au reste du département. Là aussi, l’association s’érige contre la méthode choisie: au lieu des 22 cas évoqués par «Stop aux cancers de nos enfants», les autorités sanitaires n’en ont retenu que 13, évinçant les cas âgés de plus de 14 ans, ceux ayant déménagé, ceux tombés malades depuis 2019, et omettant certaines communes comptabilisées par l’association.

Un balayage spatio-temporel

De plus, l’analyse départementale a été menée sur la période 2005-2018. Or aucun des cas recensés par l’association n’est survenu avant 2015. Pour ce ‘balayage spatio-temporel’, les 13 cas retenus ont été répartis en trois groupes, et non analysés de manière groupée. Conséquence: «le calcul du risque en population n’identifie pas de commune ou de canton présentant une concentration de cancers pédiatriques statistiquement en excès par rapport au reste du département», assure Santé publique France.

L’affaire n’est pas sans évoquer celle des enfants nés sans bras dans l’Ain: la méthode retenue par l’agence, qui concluait à l’absence d’un excès significatif de cas, avait été vertement critiquée par des épidémiologistes. En bref selon l’association, pas de foyer, pas de cause commune.

Pas de cause commune, mais des «points de vigilance»

C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle est parvenue l’ARS à l’occasion d’une ‘levée de doutes’, en particulier concentrée sur l’école fréquentée par quatre enfants. Même si, selon des mesures menées dans l’établissement, des «points de vigilance» ont été relevés sur l’air intérieur, en termes de radon, de formaldéhyde et de lindane. Désormais interdit, ce dernier provient de l’ancien site industriel Leduc, usine de fabrication de charpentes, où il était utilisé comme traitement insecticide.

«Pour le lindane, les concentrations retrouvées en juin dernier dans les poussières au niveau des sols de deux salles de classe situées sous le grenier témoignent de la nécessité d’un nouveau réglage de la ventilation. L’Ogec [organisme de gestion de l’enseignement catholique] et la DEC [direction de l’enseignement catholique], à la demande de l’ARS, ont différé la réintégration des enfants dans ces deux salles de classe prévue à la rentrée. De nouveaux prélèvements sont programmés début octobre», indique Santé publique France.

Des dépassements de seuil à domicile

Avec quatre lignes à haute tension enfouies sous la cour de l’école, les seuils réglementaires d’exposition aux ondes sont respectés, assure l’ARS. Quant au domicile des jeunes patients, l’agence n’a pas détecté de potentielle origine commune, malgré des dépassements, pour certains d’entre eux, de seuils relatifs à l’air intérieur (benzène et formaldéhyde dans trois logements), ou liés à la présence de métaux dans le sol des jardins.

Si les investigations officielles sont achevées, la «surveillance active» des cancers pédiatriques va se poursuivre, promet Santé publique France. Face à l’absence de réponse, l’association «Stop aux cancers de nos enfants», qui défend l’idée d’un effet cocktail liée à de multiples expositions, continue ses propres analyses sur l’air intérieur, l’eau potable, les champs électromagnétiques, les éoliennes, et envisage de recenser les cultures agricoles voisines.