Bruxelles évalue les politiques énergie-climat des 27

Le 22 septembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La diminution rapide des puits de carbone menace les politiques climatiques des 27.
La diminution rapide des puits de carbone menace les politiques climatiques des 27.
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Sans se forcer, l'Europe peut réduire de 40% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Mais de nombreux obstacles politiques et techniques se dressent encore devant les 27 pour se placer dans la voie des 55% de baisses d'émissions souhaitées par la Commission.

Alors que la Commission européenne souhaite rehausser le niveau de l’ambition climatique du Vieux monde, où en sont les politiques nationales? Bonne question à laquelle répondent les services de Frans Timmermmans, vice président de la Commission en charge du pacte vert. Dans une note, mise en ligne en début de semaine, Bruxelles évalue les plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC). Pour la France, c’est de l’évaluation de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la stratégie nationale bas carbone (SNBC) dont il s’agit.

Cette synthèse montre l’état de la transition énergétique des 27 et les leviers qu’il faudra actionner pour atteindre les nouveaux objectifs climatiques.

l'efficacité énergétique à la peine

Si elles sont appliquées, les PNEC devraient permettre à l’Europe de porter la part des énergies renouvelables (ENR) à plus de 33% en 2030: 1% de mieux que l’objectif fixé par le paquet énergie climat 2030 première version. À la fin de cette année (échéance du paquet énergie climat 2020 ou 3 x 20), la part des ENR dans le bouquet énergétique des 27 devrait dépasser les 22%: 2 points de mieux que prévu.

L’efficacité énergétique est le cancre de la classe énergétique communautaire. Au mieux, les 27 réduiront de 29% leur consommation d’énergie entre 2007 et 2030. Pas mal, mais moins bien que les 32% d’économie d’énergie prévu. En cause, en France comme ailleurs, les piètres résultats des politiques de rénovation de l’habitat. Raison pour laquelle, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a annoncé la révision prochaine des directives sur l’efficacité énergétique et sur la performance énergétique des bâtiments.

Au rythme actuel, l’Europe devrait donc réduire de 41% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Il va donc falloir cravacher pour diminuer de 55% nos rejets de GES sur la même période, si la proposition d’Ursula von der Leyen est validée lors du prochain conseil européen.

décharbonisation rapide

Côté décarbonation, Bruxelles se veut optimiste. Au moins 21 Etats membres (dont la France) ont déjà promis de supprimer progressivement les centrales électriques au charbon. La consommation européenne de charbon devrait chuter de 70% entre 2015 et 2030. «L’Europe se détourne du charbon plus rapidement que prévu», se réjouit la Commission. A cette dernière échéance, les énergies renouvelables produiront 60% des électrons européens, contre 32% en 2018. Pas gagné.

Autre point d’inquiétude: les puits de carbone. «La plupart des Etats membres prévoient de faire en sorte que leurs puits de carbone soit suffisamment grand pour éviter d’enregistrer un débit, mais ils sont peu nombreux à expliquer dans leur PNEC dans quelle mesure ils prévoient de générer et d’utiliser des crédits UTCATF pour assurer le respect du règlement sur la répartition de l’effort», commente la Commission. De fait, sous l’effet du réchauffement et de l’artificialisation des espaces naturels, 30% des puits de carbone européen pourraient être perdus entre 2005 et 2030, rappelle Bruxelles. Pour renverser la vapeur carbonique, le tiers des plans (dont la SNBC française !) évoquent des solutions fondées sur la nature, des optimisations d’utilisation d’engrais azotés, l’amélioration des méthodes d’élevage ou d’importants programmes d’afforestation.

Investir plus

Ces actions ne seront pas gratuites. Réduire de moitié notre bilan carbone en 40 ans nécessite de doubler nos investissements annuels liés à la production et à la consommation d’énergie durant la prochaine décennie[1]. De 135 milliards par an, le montant du chèque à signer par les 27 devrait atteindre 350 milliards d’euros.

Les postes les plus importants seront la rénovation des logements et du tertiaire, les transports propres et la décarbonation du secteur électrique (production et réseaux).

Curieusement, seuls trois PNEC (le danois, l’italien et le portugais) prévoient de supprimer progressivement les subventions en faveur des énergies fossiles.

Paradoxe: l’innovation n’est pas au cœur des politiques climatiques des 27. Comme ne cesse de le rappeler l’agence internationale de l’énergie (AIE), les budgets nationaux dédiés à la recherche et à l’innovation dans le domaine de l’énergie et des technologies propres sont en baisse. Seule l’industrie des batteries a tiré son épingle du jeu. Réunissant 500 industriels, l’Alliance européenne pour les batteries a su mobiliser 100 milliards d’euros de capitaux. Onze Gigafactories devraient commencer leuMots-Clésr production en 2022-23, en vue de livrer 270 GWh par an d’ici à 2030.

Rendez-vous en 2024, année de la prochaine évaluation des PNEC.



[1] Par rapport aux montants investis entre 2011 et 2020.