Brève plaidoirie pour une presse spécialisée en environnement

Le 29 janvier 2021 par Arnaud Gossement
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Que vive le débat contradictoire
Que vive le débat contradictoire

Les journalistes spécialisés en environnement sont indispensables pour la diffusion et le progrès du droit de l'environnement, clame l'avocat Arnaud Gossement.

La fin d’un journal est toujours une mauvaise nouvelle pour la démocratie. La fin d’un journal consacré à l’environnement est toujours une mauvaise novelle pour l’environnement. La fin du journal de l’environnement est une mauvaise nouvelle à tous points de vue.

Au moins peut-on espérer qu’à cette occasion chacun réalise à quel point les journalistes spécialisés dans ce domaine si important sont indispensables pour la diffusion et le progrès, notamment du droit de l’environnement. Juriste, je sais ce que je leur dois. Cette information experte m’est indispensable pour découvrir des sujets nouveaux, pour comprendre des enjeux parfois très techniques, pour anticiper les règles de droit à venir, pour exprimer un avis – si on ne me demande – sur les choix que l’Etat fait, pour lire les avis des autres acteurs.

Sans journalistes spécialisés cette information se réduirait trop souvent à la simple reprise de communiqués de presse, au seul relai d’un nombre réduit d’interprétations du droit et de la manière dont il faut le rédiger, au seul exposé à plat de polémiques parfois stériles. Sans journalistes spécialisés, les nombreuses lois qui sont publiés chaque année ne seraient pas élaborées ni appliquées dans les mêmes conditions. Et même s’il s’en défend souvent, le juge lui aussi est sensible à la « pression médiatique » qui peut accompagner le dossier dont il est saisi. L’affaire du siècle en est un bel exemple. La presse spécialisée permet de faire vivre un débat public de qualité sur le droit de l’environnement : pas un débat de postures alimentées par de simples déclarations péremptoires. La presse interroge, sonde, vérifie, recoupe, souligne les incohérences et contradictions. 

« Contradictions » : un mot important. L’avocat comme le journaliste spécialisé savent à quel point le principe du contradictoire est essentiel. Le procès procède toujours d’un échange de point de vues et d’analyses souvent contraires. Il ne s’agit pas de permettre simplement à toutes les parties de s’exprimer : il s’agit aussi de faire en sorte que ce dialogue fasse ressortir la complexité de toute situation de conflit et, qu’en définitive, la décision de justice tienne compte de cette complexité. Le journaliste a lui aussi la charge d’identifier cette complexité et de la présenter au lecteur après avoir organisé ce contradictoire.

En matière d’environnement, rien n’est jamais simple. Prendre en compte tous les paramètres – scientifiques, économiques ou juridiques d’un problème, étudier tous les intérêts contraires qui s’expriment, permettent au rédacteur de la norme et au juriste d’élaborer un droit de bien meilleure qualité. C’est pour cela que le dialogue entre journalistes et juristes est indispensable. Je suis souvent interrogé sur le sens de tel projet de texte, sur la portée de telle loi, sur les enjeux de tel procès. Et j’apprécie toujours de répondre aux questions d’un journaliste qui ne me demande pas simplement une citation pour nourrir un article « Pour/contre » rédigé en quelques minutes. Le journal de l’environnement comme d’autres médias pouvait compter sur des journalistes chevronnés qui connaissent la différence entre information et communication et avaient à cœur de me pousser, moi comme bien d’autres, dans mes retranchements avant de se faire leur propre analyse. Le journal de l’environnement disparaît : le journalisme spécialisé en environnement a de beaux jours devant lui.