Les Boeing vont-ils manquer de carburants durables?

Le 25 janvier 2021 par Victor Miget
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Les SAF SAF réduisent les émissions de CO2 jusqu'à 80% au cours du cycle de vie du carburant.
Les SAF SAF réduisent les émissions de CO2 jusqu'à 80% au cours du cycle de vie du carburant.

En 2030, les avions commerciaux du géant de Seattle pourront ne consommer que des carburants d’aviation durables (SAF). Les raffineurs tiendront-ils ce rythme?

 

Dans 10 ans les aéronefs Boeing pourront carburer aux SAF produits à partir de matières premières renouvelables comme les huiles de cuisson, les graisses animales, les plantes non comestibles ou encore les déchets agricoles, a prophétisé l’avionneur dans un communiqué.

Ambition qui décolle

D’après le Air Transport Action Group, le département américain de l'énergie entre autre, ces SAF réduisent les émissions de CO2 jusqu'à 80% au cours du cycle de vie du carburant, «avec le potentiel d'atteindre 100% à l'avenir», affirme Boeing. «A l’heure actuelle, les carburants d'aviation durables sont mélangés directement avec du carburéacteur conventionnel jusqu'à un mélange 50/50 - le maximum autorisé dans les spécifications actuelles du carburant». Mais si le secteur de l’aéronautique veut réduire ces émissions de 50% entre 2005 et 2050, les aéronefs devront «pouvoir voler avec des carburants d'aviation 100% durables bien avant 2050», avance Boeing.

Dans cette optique, «nous nous engageons à travailler avec les régulateurs, les fabricants de moteurs et d'autres parties prenantes clés pour nous assurer que nos avions et éventuellement notre industrie puissent voler entièrement avec des carburéacteurs durables.», a déclaré Stan Deal, PDG de Boeing Commercial Airplanes.

L’avionneur ne découvre pas le sujet. Le concurrent préféré d’Airbus y travaille depuis 2008 avec des compagnies aériennes et des motoristes afin d’effectuer des vols d’essai 100% bio. Son programme d’essais en vol, ecoDemonstrator, a permis de lancer en 2018 le premier vol commercial au monde utilisant 100% de SAF. Le groupe travaille également avec World Energy qui fabrique du SAF à partir de déchets agricoles. Par ce biais, Boeing assure déjà des vols de fret.

Les pieds sur terre

Passé l’effet d’annonce, reste à savoir si, d’ici 10 ans, l’industrie arrivera à suivre. Pas sûr. Il est vrai que les initiatives d’inclure de plus en plus de SAF dans les avions ne manquent pas. Récemment Alaskan Airlines, JetBlueAirFrance ou Lufthansa ont modifié l’avitaillement de leurs avions au départ de l’aéroport de San Francisco. United, KLM, opèrent aussi des vols brûlant des SAF depuis l’aéroport de Los Angeles. 

Des exceptions. Pour le moment, la sécurité d’approvisionnement des transporteurs dépend principalement de deux acteurs, le finlandais Neste et le californien World Energy. La filière elle, n’est pas encore entrée en phase industrielle et doit encore relever de nombreux défis. Et si ces carburants de seconde génération sont mélangés à des kérosènes conventionnels à 50% maximum, c’est certes, pour des raisons réglementaires, mais aussi de disponibilité et de coût (3x plus cher que le conventionnel). Sans compter que le rendement énergétique est plus faible et les processus de conversion plus compliqués.

Les perspectives à court terme sont peu encourageantes. Au niveau mondial, l’association internationales des compagnies aériennes, l’IATA) estime que les biocarburants représenteront 2% de la consommation des carburants aériens vers 2025, contre 0,2% aujourd’hui.