BlackRock mise sur le climat

Le 26 janvier 2021 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un (gros) investisseur parle aux patrons et aux élus.
Un (gros) investisseur parle aux patrons et aux élus.
BlackRock

Le patron du plus grand gestionnaire d'actifs de la planète enjoint aux patrons et aux élus d'intégrer le climat dans leur stratégie.

Larry Fink n’est pas le plus médiatique des grands patrons. Ses costumes sombres sont plus sobres (et mieux coupés) que les teeshirts criards d’Elon Musk. Ce fils de cordonnier de Los Angeles est moins aventureux que Richard Branson. Peut-être? Mais Larry Fink «pèse» 8.677 milliards de dollars. C’est du moins le montant des actifs gérés par BlackRock : le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète. Et accessoirement, l'entreprise dirigée par Larry Fink. Aussi, quand Larry Fink professe, on l’écoute.

Régulièrement, le P-DG de BlackRock signe une lettre aux dirigeants d’entreprises dont il est actionnaire. Dans celle publiée ce 26 janvier, il dresse un premier bilan des conséquences de la pandémie de Covid-19. Il rappelle aussi que cette terrible maladie n’a pas effacé les contraintes climatiques qui pèsent sur l’économie de la planète.

indispensable adaptation

«L’année dernière, chacun a pu constater les conséquences physiques de plus en plus lourdes du changement climatique, qu’il s’agisse d’incendies, de sécheresses, d’inondations ou d’ouragans», écrit-il. Dans sa missive, le financier rappelle la base de l’économie du climat. A terme, les actifs trop carbonés seront totalement dévalorisés. Ces derniers mois, des Majors pétrolières ont ainsi déprécié des milliards de dollars d’actifs, en raison de la crise pétrolière. Au grand dam de leurs actionnaires.

Le premier message de Larry Fink est clair: ceux qui ne s’adapteront pas à la nouvelle donne climatique sont voués à disparaître. Car, les investisseurs ne veulent plus placer leurs fonds dans des activités désormais classées à risques. Or, «les instances de réglementation se concentrent sur le risque climatique dans le système financier mondial.» Le dernier exemple vient de Francfort, où la Banque centrale européenne a annoncé, le 25 janvier, la création d’un bureau dédié aux effets du climat. Il sera notamment chargé d’évaluer les désordres que les conséquences du réchauffement peuvent causer au système financier international.

un risque d'investissement

Les patrons sont donc invités à intégrer le climat à leur cartographie des risques et à leur stratégie. C’est le second point évoqué par le boss de BlackRock: «l’attention se porte également de plus en plus sur l'opportunité économique considérable que suscitera cette transition, ainsi que sur la manière de déployer cette transition de manière juste et équitable.»

Les chiffres sauront convaincre les plus récalcitrants. Au cours des 11 premiers mois de l’année passée, les investisseurs en fonds communs de placement et en fonds indiciels ont investi 288 milliards de dollars (237 milliards d’euros) dans des actifs durables à l’échelle mondiale. Un chiffre en progression de … 96 % en un an. «Nous savons que le risque climatique est un risque d’investissement. Mais nous pensons également que la transition climatique fait naître une opportunité d’investissement historique», résume Larry Fink.

L’argent coule toujours à flots. Reste à convaincre ceux qui tiennent les cordons de la bourse que l’entreprise est résiliente. «Les entreprises qui tardent à se préparer verront leurs activités souffrir et leurs valorisations diminuer à mesure que ces mêmes parties prenantes perdent confiance dans la capacité de ces entreprises à adapter leurs modèles économiques aux changements spectaculaires qui s'annoncent.»

un modèle d'affaires neutre en carbone

Cette confiance se construira sur la transparence. BlackRock demande aux entreprises et aux émetteurs de dettes publiques (Etats, collectivités) dont elle détient des actions et des obligations d’aligner leurs rapports financiers sur les recommandations du Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD) et sur les normes du Sustainability Accounting Standards Board (SASB).

L’investisseur recommande aussi aux entreprises de publier un plan montrant la compatibilité de leur modèle économique avec une économie à zéro émission nette. Ce plan, souligne Larry Fink, devra être «intégré à votre stratégie à long terme et évalué par votre conseil d’administration.»

Visionnaire, le discours de Larry Fink convaincra d’autant mieux qu’il engagera l’entreprise qu’il dirige. Certes, BlackRock se conforme depuis un an aux standards du TCFD et du SASB. Mais le plus gros fonds d’investissement du monde gère toujours 85 milliards de dollars d’actifs dans le secteur du charbon, rappelait, il y a quelques jours, l'ONG Reclaim Finance. Certains des clients de Larry Fink n’ont visiblement pas encore lu sa dernière lettre.