Biodiversité: le maigre bilan des objectifs d’Aichi

Le 15 septembre 2020 par Romain Loury
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Piètre bilan des politiques publiques de protection de la biodiversité.
Piètre bilan des politiques publiques de protection de la biodiversité.
VLDT

Si six des vingt objectifs d’Aichi ont en partie été réalisés, le déclin de la biodiversité se poursuit à rythme très soutenu, confirme la cinquième édition des perspectives mondiales de la diversité biologique (Global Diversity Outlook 5), publiée mardi 15 septembre. «L’humanité est à la croisée des chemins», prévient (une nouvelle fois) l’Organisation des Nations unies (ONU).

 

S’il serait cruel de qualifier les résultats d’Aichi de quasi-échec, cela y ressemble bien plus qu’à une quasi-réussite. Après l’étude Planète vivante, publiée jeudi 10 septembre par le WWF et qui révélait la disparition de 68% des populations mondiales de vertébrés depuis 1970, le volumineux rapport onusien publié mardi, bilan final des 20 objectifs d’Aichi, révèle l’ampleur des efforts pour freiner la chute de la biodiversité au cours des prochaines décennies.

Sur les 20 objectifs, seuls 6 sont «en partie réalisés»: le plus emblématique de tous, le 11ème, prévoyait le classement en aire protégée d’au moins 17% des surfaces terrestres et des eaux intérieures, de 10% des surfaces marines. L’objectif devrait être atteint sans trop de peine: en août, la jauge se situait à respectivement 15% et 7,5%, à quoi devraient s’ajouter des engagements à concrétiser avant la fin de l’année. Ce qui ouvre favorablement la voie au nouvel objectif de 30% (aires terrestres et marines) pour 2030, qui devrait être promulgué à la 15ème conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB), en mai 2021 à Kunming (Chine).

Quelques succès

L’objectif n°9, relatif aux espèces envahissantes, a lui aussi connu des progrès, mais ils sont plus souvent trait à l’identification des espèces problématiques qu’à leur éradication. Quelques succès sont toutefois à noter quant aux mammifères en milieu insulaire. Par exemple à Antigua et Barbuda, où l’extirpation de la chèvre a permis de stabiliser la végétation, réduisant une érosion des sols qui endommageait les coraux. «Cependant, ces succès ne représentent qu'une faible proportion de toutes les occurrences d'espèces envahissantes», dont le nombre ne cesse de progresser, reconnaît le rapport.

Succès plus franc, le protocole de Nagoya sur l’accès et le partage des avantages (objectif n°16) est entré en vigueur en octobre 2014. En juillet dernier, 126 des 196 parties à la CBD l’avaient ratifié, et «87 d’entre elles avaient mis en place des mesures nationales d’accès et de partage des avantages, et établi une autorité nationale compétente». Par ailleurs, 170 parties (87%) ont élaboré des stratégies et plans nationaux pour la biodiversité (objectif n°17), dont la mise en œuvre est toutefois très variable.

Les autres motifs de semi-satisfaction ont trait à l’amélioration des connaissances sur la biodiversité (objectif n°19), ainsi qu’au financement (objectif n°20): au cours de la décennie écoulée, les flux pour la protection de la biodiversité dans les pays en développement ont doublé. Au total, l’investissement annuel, toutes sources confondues, est compris entre 78 et 91 milliards de dollars (entre 66 et 77 Md€) -dont environ 68 milliards de dollars (57 Md€) dépensés dans le pays même.

Pour le reste, la situation n’est guère brillante: les subventions et incitations néfastes à la biodiversité n’ont pas disparu, surpassant de loin les incitations positives, que ce soit pour le contrôle de la pêche ou la lutte contre la déforestation. La consommation et la production sont toujours aussi peu durables, et leur poids est accru par la croissance démographique. Conséquence, les écosystèmes ne cessent de s’étioler, les services écosystémiques de s’amenuiser, les espèces de décliner, se raréfier puis disparaître.

Une déforestation en baisse

Au sein de ce sombre tableau, l’ONU s’échine à souligner les quelques motifs d’espoir: le taux de déforestation a diminué d’un tiers au cours de la dernière décennie, particulièrement en raison du sérieux coup de frein donné en Amazonie brésilienne dans les années 2000 –les chiffres de perte forestière repartent toutefois à la hausse. Cette tendance favorable ne suffit cependant pas à compenser la diminution de l’expansion forestière, ce qui conduit à un recul net de la forêt qui demeure à niveau constant.

Quant aux efforts de conservation des espèces, ils sont souvent payants, comme le montre l’exemple du tigre, dont les effectifs repartent à la hausse en Inde. Si ces actions ont souvent tendance à privilégier les espèces charismatiques, négligeant le concept de biodiversité, le rapport estime que «sans ces mesures, les extinctions d’espèces d’oiseaux et de mammifères auraient été deux à quatre fois plus élevées». Idem en mer, où une meilleure gestion des pêches a parfois permis de reconstituer les stocks. Un tiers des stocks mondiaux de poissons demeurent toutefois surexploités, voire 62,5% en Méditerranée et dans la mer Noire.

La pente est rude, mais la route est droite, pourrait conclure le rapport. Pour cela, il livre une liste de huit transitions vers un monde plus durable, ayant trait aux terres et forêts, aux eaux douces, à la pêche et aux océans, à l’agriculture, aux systèmes alimentaires, aux villes et infrastructures, à l’action climatique et à la santé –dont la biodiversité est un acteur majeur, comme le prouve l’actuelle pandémie de Covid-19.