Bien-être animal : qui pour payer le surcoût ?

Le 22 octobre 2020 par Stéphanie Senet
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Hervé Guyomard, directeur de recherche à INRAE
Hervé Guyomard, directeur de recherche à INRAE

L’économiste Hervé Guyomard, directeur de recherche à INRAE, plaide pour la mise en place de subventions, dans le cadre de la PAC, pour supprimer le surcoût lié à l’amélioration du bien-être animal.

Les sondages se suivent et se ressemblent. Pour une majorité de Français (82%), le bien-être animal doit progresser, en particulier dans les fermes[1]. 1,4 million d’Européens se sont aussi prononcés en faveur d’une interdiction de l’élevage en cage dans le cadre d’une initiative citoyenne européenne.

«Œufs de poules élevées en plein air», «poulet fermier élevé en liberté»… Certains industriels et distributeurs l’ont compris et ont mis en rayon des produits garantissant des niveaux plus élevés de bien-être animal. «Nous visons trois objectifs prioritaires, dont assurer l’absence de maltraitance, transformer les modes d’élevage et proposer des offres exemplaires comme le porc de plein air dans la gamme Reflets de France», a expliqué Séverine Fontaine, directrice qualité de la filière animale chez Carrefour, lors d’un colloque organisé ce 22 octobre par La Fondation droit animal (LFDA). Un sujet complexe, qui pose des questions très différentes selon les filières d’élevage.

Un sujet complexe, propre à chaque filière

«Pour le porc, par exemple, nous avons mis en place un groupe de travail avec les éleveurs, transformateurs, ONG, Inrae[2] et Ifip[3] où nous travaillons à la fois sur la maternité libre des truies, la nature du sol, l’arrêt de la coupe des queues et la fin de la castration. Il faut y aller, tout le monde est d’accord mais cela demande du temps», explique Séverine Fontaine, qui affirme que 34% des porcs vendus aujourd’hui en magasin ne sont pas castrés.

Des étiquettes pour le faire savoir

Les initiatives privées se développent. Les publiques aussi. Ainsi de l’étiquette sur le bien-être animal (de A à E) lancée fin 2018 par trois associations de protection animale, La fondation droit animal (LFDA), le CIWF France et l’OABA[4], qui passe en revue 230 critères pour évaluer le bien-être de l’animal de sa naissance à son abattage. «Compte-tenu de la lenteur de la réglementation, nous avons voulu permettre au consommateur d’être mieux informé et à l’agriculteur de justifier le surcoût lié à l’amélioration du bien-être animal», explique Louis Schweitzer, président de la LFDA. Disponible pour les seuls poulets de chair aujourd’hui (900 millions d’animaux sont abattus chaque année en France), ce référentiel a été adopté par Casino, Carrefour, Système U et Intermarché. Des mesures visant le bien-être animal sont aussi comprises dans les cahiers des charges de l’agriculture biologique et du Label Rouge.

Un surcoût à subventionner

Bien sûr, ces produits coûtent plus cher au consommateur. Il faut compter 3,8 euros par kilogramme de porc non castré en bio contre 1,5 €/kg pour le porc conventionnel. «Ces initiatives comportent un risque important. Ces produits étant vendus plus chers, ils peuvent exclure les consommateurs les plus défavorisés et perpétuer un marché à deux vitesses. Le bien-être animal est un bien public qui n’est pas suffisamment pris en compte par les seuls marchés. D’où la légitimité d’une intervention publique pour le subventionner, notamment à l’échelle européenne pour éviter les distorsions de concurrence», alerte l’économiste Hervé Guyomard, directeur de recherche à INRAE.  

La nouvelle politique agricole commune, en cours d’élaboration dans l’Union européenne, offre une occasion en or pour flécher les investissements nécessaires à l’amélioration du bien-être animal. «Aujourd’hui, la PAC aide les agriculteurs. Il faut aussi qu’elle aide les consommateurs, comme le font les Etats-Unis depuis longtemps. C’est ce que cherche à faire la Commission européenne dans le cadre de son pacte vert. La PAC peut subventionner le bien-être animal dans le cadre des aides directes du 1er pilier», estime Hervé Guyomard.



[1] Sondage Ifop

[2] Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement

[3] Institut du porc

[4] Elles ont été rejointes par Welfarm