Betterave et néonicotinoïdes: la recherche en ordre de marche

Le 22 septembre 2020 par Romain Loury
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Une baisse de 15% de la production française en 2020, voire 40% dans les zones infestées
Une baisse de 15% de la production française en 2020, voire 40% dans les zones infestées
CGB

L’Inrae et l’Institut technique de la betterave (ITB) ont présenté mardi 22 septembre un plan national de recherche et d’innovation au ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, en vue de trouver des alternatives aux néonicotinoïdes d’ici à 2023.

Le dossier est des plus épineux pour le gouvernement: face à une forte épidémie de jaunisse de la betterave, maladie virale véhiculée par le puceron Myzus persicae, il a décidé d’accorder des dérogations pour l’usage de néonicotinoïdes en enrobage de semences, au cours des 3 prochaines années. Or ces pesticides, nocifs pour les pollinisateurs, ont été interdits d’usage par la loi biodiversité d’août 2016.

Pour faire passer la pilule, le gouvernement s’est engagé à intensifier la recherche de solutions alternatives. Tel est l’objet du plan national de recherche et d’innovation (PNRI) présenté mardi 22 septembre par l’ITB et l’Inrae[i], dont le PDG Philippe Mauguin a détaillé les principales pistes à explorer devant la presse.

Génétique, biocontrôle et agronomie

Parmi celles-ci, des recherches sur la génétique des différentes variétés de betteraves, afin de dénicher celles présentant des résistances naturelles aux quatre virus impliqués dans la jaunisse. Jusqu’alors, de telles analyses génétiques, menées dans le cadre du programme AKER, ont principalement porté sur l’amélioration de la teneur en sucre, et sur la résistance à d’autres maladies, dont la cyclosporose.

Deuxième voie à l’étude, la recherche d’outils de biocontrôle, dont des stimulateurs de défense, ou encore des molécules visant à bloquer l’inoculation du virus dans la plante par le puceron. Egalement à l’étude, l’emploi d’hyménoptères parasitoïdes du puceron, à savoir des microguêpes pondant leurs œufs dans les pucerons, dont la larve se nourrit.

Enfin, une piste agroécologique explorera notamment l’intérêt de bandes fleuries, qui non seulement pourraient bénéficier aux pollinisateurs, mais pourraient aussi héberger de nombreux prédateurs des pucerons. Les chercheurs vont aussi tenter d’identifier des espèces végétales dont les effluves de composés organiques volatils (COV) auraient un effet répulsif sur Myzus persicae.

Un panel de solutions pour 2024

«Nous sommes très motivés, il s’agit de trouver des solutions pour la filière pour 2024 et au-delà», a déclaré le président de l’ITB, Alexandre Quillet. Pour Philippe Mauguin, «l’objectif n’est pas de dire que nous aurons une solution 100% efficace, mais nous pourrons disposer d’un panel de solutions qui pourront réduire le risque de manière très sensible».

Ce plan de recherche «bénéficiera d’un financement public de 7 millions d’euros sur 3 ans, pour un montant global supérieur à 20 M€ avec les cofinancements de l’Inrae, de l’ITB et des semenciers», selon le document de présentation du PNRI. Les expérimentations seront menées sur «500 à 1.000 hectares» de parcelles dans les 6 régions betteravières françaises.

Si un tel effort de guerre est possible sur la betterave, que ne l’est-il sur d’autres cultures gourmandes en pesticides? Interrogé par le JDLE, Philippe Mauguin évoque «d’autres secteurs sur lesquels il y a des avancées», notamment la vigne, avec la recherche de cépages résistants aux maladies fongiques (donc sans usage de pesticides) et adaptés au réchauffement. Ou encore des projets menés «sur les grandes cultures, avec l’institut Arvalis». «Mais il n’y a pas encore eu cette concentration d’effort sur un temps si court», reconnaît le PDG de l’Inrae.

Le plan de transition des betteraviers

Décidément, la journée était placée sous le signe de la betterave pour Julien Denormandie, qui recevait également les dirigeants de l’Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS). Selon le «plan de transition» présenté à l’occasion, le syndicat s’engage à limiter à une seule année au cours de la période 2021-2023 (celle de la future dérogation) le traitement par parcelle. L’emploi de néonicotinoïdes sera réduit de 25% par rapport aux usages antérieurs.

Le projet de loi du gouvernement, qui rouvre la possibilité de dérogations d’usage de néonicotinoïdes (abolie par la loi biodiversité) en recourant à l’article 53 du règlement européen n°1107/2009, sera débattu mercredi 23 septembre par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale. Pour protester contre cette mesure, plusieurs associations manifesteront dans la matinée sur l’esplanade des Invalides, armées de 577 panneaux représentant une abeille le poing levé, afin d’interpeler chacun des 577 députés.



[i] Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement