Berlin boucle difficilement sa nouvelle stratégie climatique

Le 20 septembre 2019 par Stéphanie Senet
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Les partis de la coalition d'Angela Merkel ont eu du mal à s'entendre
Les partis de la coalition d'Angela Merkel ont eu du mal à s'entendre

 

En pleine mobilisation des jeunes pour le climat, le gouvernement allemand a annoncé, ce 20 septembre, une stratégie climatique représentant 100 milliards d’euros d’investissements d’ici à 2030.

 

Il a fallu 18 heures d’âpres négociations pour que conservateurs et sociaux-démocrates tombent d’accord. La nouvelle stratégie climatique allemande, qui doit encore être approuvée en conseil des ministres, prévoit d'abattre de 55% les émissions allemandes de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030. Cet objectif devrait être juridiquement contraignant : une première ! L'Allemagne vise désormais aussi la neutralité carbone à l'horizon 2050. Ce que devrait confirmer la chancelière d'Allemagne, lors de son allocation lors du sommet onusien du climat, le 23 septembre. Pour atteindre pareil but, l'administration Merkel table sur la mise en oeuvre d'un vaste plan d'investissement d'environ 100 milliards d'euros (Md€) entre 2020 et 2030, dont la moitié devrait d'ailleurs être engagée d'ici à 2023.

Objectif : que la première économie de l'UE rattrape son retard par rapport à ses objectifs climatiques. Berlin doit encore tenter de réduire de 40% ses émissions de GES entre 1990 et 2020. Un but désormais totalement hors de portée.

rattraper le retard

La nouvelle stratégie Merkel prévoit d’investir 86 Md€ (partagés entre le gouvernement et la Deutsche Bahn) dans un ambitieux programme de rénovation du rail. Elle prévoit plus largement de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’énergie, du bâtiment, de l’agriculture, de l’industrie et des transports. «Ce que nous allons faire n’est pas idéologique, mais ce qui doit être fait, de façon évidente, pour lutter contre le changement climatique», a estimé Angela Merkel.

Mobilisation. La grève mondiale pour le climat a été fortement suivie outre-Rhin. Selon les organisateurs, 100.000 manifestants se sont retrouvés à Berlin. Des mobilisations ont été organisées dans 575 villes allemandes. Une première.

Pour y parvenir, l'Allemagne devrait intégrer les transport et la production de chaleur (chauffage) à son marché du carbone (l'ETS). Dès 2021, ces secteurs se verront fixer des limites d'émission et devront acquérir des quotas à 10 pièce (moins de la moitié du prix spot actuel). Régulé, ce tarif sera régulièrement revu à la hausse pour atteindre les 35 euros en 2025. L'année suivant, le quota suivra un corridor de prix, compris entre 35 et 60 euros.

Prix régulés

Pour Ottmar Edenhofer, ces tarifications seront totalement inefficaces. Une critique reprise par de nombreux économistes du climat, ainsi que par la BDEW, l'association des compagnies d'électricité. Le directeur de l’institut de Postdam pour les recherches sur le changement climatique (PIK) estime que la tarification des rejets de CO2 doit débuter à 50 euros avant d’atteindre progressivement les 130 €/tCO2. 

Les énergies renouvelables (solaire, éolien et biomasse) devront produire 65% de l'électricité allemande en 2030, contre un peu moins de 40% aujourd’hui. Pour ce faire, Berlin mise notamment sur l'éolien en mer et terrestre et le photovoltaïque en toiture. Cela ne sera pas facile, au vu des règles qui fixent d'importantes distances minimales entre les parcs éoliens à terre.