Avec le PNSE4, la France s’essaye de nouveau à la santé environnementale

Le 23 décembre 2020 par Romain Loury
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Les ondes dans le PNSE4
Les ondes dans le PNSE4
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Le gouvernement soumet à consultation publique, lundi 26 novembre, le quatrième plan national santé-environnement (PNSE4), qui couvrira la période 2020-2024. D’une taille pour le moins modeste (19 mesures, contre 107 pour le PNSE3 de 2015-2019), il aura fort à faire pour éviter l’échec de son prédécesseur.

(article publié le 26 octobre 2020)

C’est une naissance qui n’aura pas été sans douleur: attendu de longue date, après une première réunion au printemps 2019 du groupe santé environnement (GSE), le PNSE4 est enfin soumis à consultation publique lundi 26 octobre. Cette version initiale sera amendée en fonction des diverses propositions, celle du public comme celle du GSE, qui regroupe plus de 150 parties prenantes (ministères, agences sanitaires, associations, entreprises, etc.).

Fera-t-il mieux que son prédécesseur, le PNSE3, étrillé par les inspections ministérielles (Igas et CGEDD[i])? Au lieu de 107 mesures, le gouvernement a cette fois-ci opté pour seulement 19 actions, «ce qui permettra d’assurer un meilleur suivi, une meilleure mise en œuvre», explique le ministère de la transition écologique. Ce qui pêchait justement dans le PNSE3, dont la pauvreté en indicateurs et objectifs n’a eu d’égale que la maigreur du bilan.

Ondes, lumière bleue, nanomatériaux, sols pollués, etc.

Parmi les mesures qui émergent du PNSE4 -qui n’a trait ni aux perturbateurs endocriniens, ni aux pesticides, ni à la qualité de l’air, ni à la qualité de l’eau (ceux-ci ont leur propre plan)-, la possibilité pour les consommateurs d’identifier les substances dangereuses dans les produits du quotidien. Pour cela, une application, Scan4Chem, sera disponible en 2021, qui permettra à chacun de connaître la liste des substances contenues sans un objet après scan de son code-barres.

Alors que la fronde anti-5G fait rage, le plan prévoit aussi de «réduire l’exposition aux ondes (dont 5G) et d’améliorer la connaissance des impacts sanitaires». «Pour la 5G, l’État prendra toutes les précautions utiles pour assurer un déploiement dans les conditions apportant le meilleur niveau de sécurité en tenant compte des recommandations émises par l’Anses[ii]», attendues début 2021.

Pour la jeune enfance, période particulièrement sensible aux polluants, le plan prévoit la mise en place de consultations d’évaluation des expositions environnementales aux couples ayant un projet de grossesse. Quant aux soignants, la santé environnementale sera intégrée à leur formation, notamment lors du service sanitaire des étudiants en santé (SSES).

Outre quelques mesures sur tous les domaines n’ayant pas leur propre plan (lumière bleue, légionellose, nanomatériaux, qualité de l’air intérieur, bruit, espèces nuisibles et envahissantes, sols pollués, etc.), le plan prévoit la mise en place d’un «Green data hub», espace commun de données en santé environnement, qui permettra de croiser les données sanitaires et environnementales.

Agir en «gestion de projets»

«Tant que nous n’avons pas le retour [des consultations], c’est une ossature qui mérite d’être étayée», estime la députée Elisabeth Toutut-Picard (LREM, Haute-Garonne), présidente du GSE, mais aussi d’une commission d’enquête parlementaire sur la politique publique en matière de santé environnementale, dont le rapport est attendu pour début janvier.

Bien qu’elle ait «globalement une bonne impression» de cette version initiale, la députée «se méfie de toutes les propositions qui peuvent rester incantatoires». Selon elle, il faut déployer le plan selon une approche «gestion de projets», en définissant «qui fait quoi, qui va gérer quoi, quels indicateurs on choisit, quels sont les objectifs quantifiés, quel planning et avec quel argent» -ce qui fait pour le moins défaut à ce stade. «Je ne voudrais pas qu’on réitère les erreurs, et partiellement l’échec, du PNSE3», craint Elisabeth Toutut-Picard.

Vers un nouvel échec inéluctable?

Lui-même membre du GSE, André Cicolella, président du Réseau environnement santé, n’y va pas par quatre chemins: interrogé sur son opinion quant au PNSE4, il dit d’emblée «en penser le plus grand mal». Comme le PNSE3, «c’est un plan hors-sol. Il a été conçu lors d’une réunion du GSE en mai-juin 2019, puis ça s’est arrêté, il n’y a plus eu de réunion du GSE entre juillet 2019 et juillet 2020», ajoute-t-il, peu amène quant à la gestion «obscurantiste» du GSE.

La dernière rencontre, en juillet 2020, avait d’ailleurs trait à l’approche One Health (concept qui vise à coupler la santé animale et la santé humaine) dans le cadre de l’épidémie de Covid-19. «Si l’épidémie de Covid-19 avait eu lieu en 2003, on aurait eu deux fois moins de morts, car il y avait alors deux fois moins de maladies chroniques», dont l’obésité et le diabète (facteurs de sévérité dans la Covid-19), avance André Cicolella.

Or le PNSE4 ne prend pas en compte les maladies chroniques: «on demeure dans un catalogue de mesures. On ne peut pas construire un plan santé environnement sans tenir compte de la progression des maladies cardiovasculaires, de diabète et de cancers. C’est même sur ce constat qu’il aurait fallu construire le PNSE», le président du Réseau environnement santé, qui dénonce «l’absence de vision politique, l’absence de diagnostic sanitaire».



[i] Igas: Inspection générale des affaires sociales; CGEDD: Conseil général de l’environnement et du développement durable

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail