Auvergne-Rhône-Alpes, le fret ferroviaire en panne à l’échelle locale

Le 31 août 2020 par Victor Miget
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les carriers de la Patte transportaient 100.000 tonnes de granulat par an par le train.
les carriers de la Patte transportaient 100.000 tonnes de granulat par an par le train.

En sursis depuis plusieurs mois, la ligne de fret Sain-Bel-Courzieu, a été enterrée par les élus locaux. De quoi mettre 9.000 poids lourds supplémentaires sur les routes chaque année.

 

Au plus haut niveau de l’État, les signaux sont au vert pour le fret ferroviaire. Le premier ministre Jean Castex a assuré, en juillet dernier, avoir la «ferme intention de rouvrir et développer les autoroutes ferroviaires?[…] pour que les marchandises qui circulent sur nos autoroutes et nos routes puissent circuler par le train».

Mais localement le fret fait grise mine. Dernière affaire en date, la ligne capillaire de fret Sain-Bel/ Courzieu, dans l’ouest lyonnais, fermée par SNCF Réseau le 1er janvier 2020, pour cause de vétusté. En attente de travaux, la ligne était en sursis. Coût total de l’opération : 14,7 millions d’euros. Et l’affaire était en bonne voie. Les entreprises, SNCF Réseau (à hauteur de 2 millions d’euros), le conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes (à hauteur de 5 millions d’euros), l’État, ainsi que les communautés de commune… tous les acteurs étaient prêts à mettre la main au portefeuille.

Contradictoire. L’État, actionnaire à 100 % de la SNCF, veut faire du fret ferroviaire l’un des fers de lance de son plan de relance. Pourtant, dans un document que Libération a pu consulter, la direction de la SNCF prévoit de supprimer une centaine de postes de conducteurs de trains de marchandises. La faute à une demande en berne selon l’entreprise. «Le sujet sera abordé au cours d’un comité social d’entreprise (CSE)» programmé les 2 et 3 septembre prochain a précisé Libération.

9.000 camions sur les routes

Mais le collectif Gardons la ligne, qui cherche à préserver cette ligne de fret, est tombé de haut. Il a révélé dans une lettre ouverte, que, Régis Chambe et Pierre-Jean Zannettacci, les présidents des communautés de communes des Monts du Lyonnais et du Pays de l’Arbresle, avaient décidé d’abandonner le projet de rénovation de la ligne pour l’activité de fret ferroviaire. Une décision prise dès janvier 2020, alors que, selon le collectif, Pierre-Jean Zannettacci avait assuré en juillet dernier que «réaliser des travaux pour permettre de poursuivre l’activité ferroviaire, mais aussi conserver l’infrastructure ferroviaire, reste une priorité pour les élus du territoire».

Selon les communautés de communes, la décision a été motivée par le calendrier. Les travaux étaient programmés début 2024 par SNCF Réseau. Une échéance jugée trop lointaine.

La liaison était opérée deux fois par semaine par les carriers de la Patte qui transportaient 100.000 tonnes de granulat par an, pour le compte du cimentier LafargeHolcim. Désormais ces entreprises devront emprunter l’asphalte. «Cela aurait pour effet immédiat de mettre 9.000 camions par an sur la route », soulignait, le 11 décembre dernier, le député (LREM) du Rhône Thomas Gassilloud.

De l’avis du collectif Gardons la ligne, cette décision est «l’aveu d’un manque de conviction des deux présidents dans le mode de transport de marchandises le moins polluants et économique qu’est le train». Il regrette que les deux communautés de communes ne s’inscrivent pas dans la dynamique affichée au niveau national et fassent «fi de l’impact sanitaire des pollutions de l’air sur les habitant.e.s de la vallée».

Un précédent

Pourtant, le pari peut être tenu. Les militants rappellent l’exemple du sauvetage temporaire de la ligne de fret Volvic-Mont-Dore (Auvergne-Rhône-Alpes). Une ligne qui partage des caractéristiques communes avec Sain-Bel/ Courzieu : monoclient, tonnage équivalent, ligne vétuste.

Alors que le rideau devait être tiré fin 2020, l’exploitation se poursuivra finalement jusqu’à la fin 2021. SNCF Réseau s’est engagé à maintenir l’exploitation jusqu’à cette date et à prendre à sa charge les frais de maintenance. 400.000€ de travaux jugés urgents seront payés par l’État, la Région, le département et les intercommunalités. Une étude sur les coûts nécessaire pour pérenniser la ligne sur 10 ans est prévue.

Contactées par Le Journal de l’environnement, les communautés de communes des Monts du Lyonnais et du Pays de l’Arbresle n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview.