Automobile: la chasse aux crédits carbone est ouverte

Le 03 novembre 2020 par Victor Miget
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La id3 de Volkswagen
La id3 de Volkswagen

Deux mois avant le durcissement des normes d’émissions de CO2 européennes, certains constructeurs automobiles se regroupent en pools d’émissions pour limiter le montant des amendes annoncées.  

 

Les constructeurs automobiles vendant des voitures en Europe doivent réduire les émissions du parc de voitures neuves à 95 grammes par km pour 2020, au risque de s'exposer à des amendes. A l’échelle européenne, exception faite de PSA, Volvo ou FCA, aucun industriel n’est dans les clous  

Déjà, Volkswagen (117gCO2/km), se résigne. «Nous ne pouvons pas fournir un engagement clair à ce stade que nous atteindrons la conformité. Ce sera une course difficile», a confirmé, le 1er novembre, le directeur des ventes du groupe, Christian Dahlheim. Prévoyant, le géant de Wolfsburg a provisionné plusieurs centaines de millions d’euros (M€) pour régler l’addition. Idem pour Jaguar Land Rover qui prévoit de décaisser 90 millions de livres (100 M€).

Pools d’émissions 

VW comptait sur sa berline compacte électrique ID3 pour abaisser son bilan carbone. Comble de malchance, son lancement a été retardé par des problèmes de mise au point de logiciel. Plus de 40.000 voitures avaient portant été commandées. Le constructeur allemand se reposait aussi sur un accord de «mutualisation» conclu avec MG Motor, filiale britannique du partenaire chinois de VW en Chine, SAIC. Objectif : intégrer les ventes de véhicules électriques du britannique dans la flotte européenne de VW pour réduire les volumes de crédits CO2 à acheter sur la période 2020-2022. Insuffisant selon l’ONG Transport&Environnement (T&E) qui estime dans un rapport que ce pool n’a réduit les émissions de la flotte du groupe VW que de 0,3 g / km au premier semestre.

Ces mutualisations sont aussi appelées pools d’émission. En vendant des voitures électriques ou des voitures hybrides, les constructeurs automobiles génèrent des crédits qui peuvent être utilisés pour satisfaire aux exigences de conformité carbone. Les industriels vertueux peuvent vendre ces crédits à leurs concurrents dans le besoin. «C’est une flexibilité introduite depuis 2008, date de l’entrée en vigueur des normes d’émissions des véhicules neufs», rappelle Lucien Mathieu analyste transport et mobilité chez T&E. Deux types de pools existent, les fermés: plusieurs marques d’un même groupe mutualisent leur vente de véhicules zéro émission et des pools ouverts : une alliance de concurrents.

Acheteurs/vendeurs

A deux mois de l’échéance, cette stratégie de la dernière chance fleurit comme au printemps. Ford Motors (à 8g de son objectif)  a annoncé le 29 octobre qu'il mettrait en commun sa production de CO2 avec Volvo Cars (son ancienne filiale suédoise, désormais propriété du Chinois Geely), en mesure de vendre des crédits depuis début octobre. L’Américain éprouve des difficultés à écouler les stocks de sa Kuga. «C’était son premier modèle électrique sur le marché européen et il souhaitait en vendre un maximum sur la deuxième moitié de 2020 afin de respecter l’objectif d’émission. Sauf qu’un problème technique a conduit au rappel de 30.000 unités. Ford n’a d’autre recours que de payer des pénalités, ou payer un concurrent pour lui racheter des crédits et former un pool d’émission», explique Lucien Mathieu.

Début octobre, Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a mis en commun ses émissions avec Tesla. Ils ont été rejoints, lundi 2 novembre par le Japonais Honda. Comme Ford, le nippon fondait de grands espoirs sur sa capacité à commercialiser rapidement des modèles hybrides rechargeables et des modèles 100% électriques. Mais sa Honda e ne s’est écoulée qu’à 1.000 exemplaires. Le Français Renault a déposé, mi-octobre, auprès de la Commission européenne, un avis d'acceptation de partenaires pour son pool d'émissions.

Roue de secours

Aucun doute que d’autres pools se formeront dans les semaines à venir. De là à dire que cette stratégie sera systématiquement utilisées par les constructeurs automobiles, ces prochaines années ? Peu probable de l’avis de Lucien Mathieu. «Cela n’aurait pas de sens sur le long terme, car cela reviendrait à payer un concurrent à vendre plus des véhicules électriques à votre place et donc à prendre soi-même du retard sur la transition du secteur qui est inéluctable. D’ici 10 ans la majorité des ventes seront électriques». Autant vite se mettre dans le coup.