Autisme: le bisphénol A plus nocif chez les garçons?

Le 20 janvier 2021 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le bisphénol A interdit en 2015, souvent remplacé par son cousin S
Le bisphénol A interdit en 2015, souvent remplacé par son cousin S

Comment expliquer que l’autisme touche quatre fois plus de garçons que de filles? Publiée dans la revue Scientific Reports, une étude menée chez l’animal livre une piste d’explication: le bisphénol A, dont l’exposition in utero expose à un risque d’autisme, a des effets plus prononcés sur le cerveau des jeunes rats mâles.

Si la prévalence d’autisme ne cesse d’augmenter, touchant un enfant sur 54 aux Etats-Unis en 2016 (contre un sur 150 en 2002), il est un phénomène qui demeure constant: les garçons sont quatre fois plus touchés que les filles, et ce pour des raisons qui demeurent obscures.

Une partie de la réponse pourrait résider dans le bisphénol A, dont plusieurs travaux ont suggéré que l’exposition in utero favorisait le risque d’autisme chez le jeune enfant. Ce que suggère l’étude publiée par l’équipe de Terawit Sarachana, biologiste à l’université Chulalongkorn de Bangkok (Thaïlande). Pour montrer cela, les chercheurs ont exposé des rats in utero à ce perturbateur endocrinien, dont la présence dans les contenants alimentaires est interdite en France depuis 2015.

Les chercheurs montrent que le BPA a des effets communs aux deux sexes: les neurites[i] sont plus nombreux et plus longs, tandis que l’hippocampe (partie centrale du cerveau, impliquée dans la mémorisation et les émotions) est de taille réduite. D’autres effets semblent toutefois propres au mâle: moindres survie et densité des neurones de l’hippocampe, capacité réduite d’apprentissage et de mémorisation.

Des gènes dérégulés seulement chez le mâle

De même, plusieurs gènes impliqués dans l’autisme ne se trouvaient dérégulés que chez le mâle exposé in utero au BPA, pas chez la femelle. Cette altération de l’expression génétique était d’ailleurs corrélée à la survie des neurones dans l’hippocampe et aux capacités d’apprentissage des animaux.

Selon Terawit Sarachana, «ces différences sexuelles en termes d’effet du BPA suggèrent que [cette substance] a des impacts négatifs variables chez le mâle et la femelle, et ce à travers différents effets moléculaires (…) Les gènes dont l’expression est altérée par le BPA pourraient jouer un rôle très important dans la survenue de l’autisme, et expliquer sa plus grande prévalence chez le mâle».

Outre le BPA, d’autres perturbateurs endocriniens, dont des pesticides, seraient impliqués dans les troubles du développement neurologique, tels que l’autisme et les troubles du déficit l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Quant à la pollution de l’air, son rôle demeure controversé.

 



[i] Les neurites, tels que les dendrites et les axones, sont les prolongements des neurones impliqués dans la communication interneuronale.