Au Botswana, les éléphants victimes d’une cyanobactérie

Le 25 septembre 2020 par Romain Loury
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Les éléphants intoxiqués par l'eau
Les éléphants intoxiqués par l'eau

L’hécatombe d’éléphants survenue entre mars et juin au Botswana est liée à une prolifération de cyanobactéries dans les points d’eau, a déclaré lundi 21 septembre le ministère de la faune sauvage et des parcs nationaux. Une possible conséquence du réchauffement.

En France, il est fréquent que des cours d’eau, étangs et lacs voient proliférer les cyanobactéries en fin d’été. En cause, un apport excessif de nutriments, des températures élevées et une sécheresse prononcée. Dernier épisode en date, le Lez, rivière héraultaise bordant Montpellier, a été fermée à la pêche et à la baignade suite à la mort d’un chien intoxiqué après s’y être abreuvé.

En effet, ces cyanobactéries produisent de puissantes toxines, aux effets hépatiques et neurologiques (tremblements, fourmillements, paralysie) mortels en cas d’ingestion importante. A l’occasion d’un rapport publié début septembre, l’Anses[i] évoquait 95 cas d’intoxication humaine en France entre 2006 et 2018, un «nombre probablement très sous-estimé du fait d’un manque de connaissance de ce phénomène par le grand public et de symptômes peu spécifiques».

Un mystère enfin résolu

Or l’intoxication par les cyanobactéries ne touche pas que les zones tempérées. Elle serait même responsable de l’hécatombe survenue chez des éléphants du Botswana depuis mars, selon des analyses de sang rendues publiques lundi 21 septembre par le ministère de la faune sauvage et des parcs nationaux.

Entre mars et juin, au moins 350 pachydermes de ce pays, qui en compte 130.000 (près d’un tiers de la population africaine), ont succombé à ce mal jusqu’alors inexpliqué. La piste du braconnage avait été rapidement écartée –les éléphants portaient encore leurs défenses-, ainsi que celle de l’anthrax («maladie du charbon»).

Un risque émergent pour la faune sauvage?

La période concernée correspond en effet à celle de l’assèchement des points d’eau. Depuis juin, la mortalité est revenue à la normale. Ultime mystère, aucune autre espèce que l’éléphant n’a été touchée par un phénomène de surmortalité.

Illustration des liens étroits entre climat et biodiversité, le réchauffement pourrait favoriser la prolifération des cyanobactéries. Selon l’Anses, «l’augmentation globale des températures, mais également les modifications des régimes pluviométriques (multiplication de périodes de grandes sécheresses, épisodes de tempêtes et de pluies violentes…) provoquent des modifications dans le fonctionnement des plans et des cours d’eau (…) Cependant, les interactions entre tous ces facteurs et processus sont multiples et encore largement méconnues. Il est donc très difficile de prédire quels seront réellement leurs impacts sur les proliférations de cyanobactéries».

En Afrique, le smartphone contre les cyanobactéries. Si la présence de cyanobactéries fait l’objet d’une surveillance attentive dans les pays du Nord, l’Afrique y recourt peu, en raison de son coût élevé. Dans une étude publiée jeudi 24 septembre dans PLoS ONE, des chercheurs de l’Inrae, du CNRS et d’équipes ivoiriennes ont montré l’intérêt d’une surveillance participative par smartphone. L’utilisateur est invité à signaler tout changement suspect de la couleur de l’eau sur une appli dédiée. Au terme de deux ans d’étude et de 443 signalements, cette approche s’est avérée aussi efficace qu’un suivi classique par analyse de l’eau.


[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail