Assises des déchets: les fabricants de plastiques non recyclés pointés du doigt

Le 03 octobre 2019 par Stéphanie Senet, envoyée spéciale
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Le plastique de cette eau minérale est réputé difficile à recycler.
Le plastique de cette eau minérale est réputé difficile à recycler.
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Faire émerger de nouveaux modes de production : un sujet rapidement évoqué, ce 3 octobre, lors des Assises des déchets, à Nantes.

 

Engagement citoyen, valorisation énergétique, stockage, déchets du bâtiment et des travaux publics, déchets marins, filière à responsabilité élargie du producteur (Rep)... Le programme des Assises des déchets de Nantes était chargé. Il ne comptait pourtant aucun atelier dédié à l’éco-conception des produits. Un sujet pourtant essentiel, qui s’est invité de lui-même à la table-ronde consacré à la transition française vers une économie circulaire. Et c’est Nicolas Soret, co-président du groupe de travail sur les déchets à l’Association des maires de France (AMF), qui a lancé les hostilités.

Urgence climatique

«En 2019, face à l’urgence climatique, le vrai courage n’est-il pas de se poser la question de la mise sur le marché des produits problématiques comme les plastiques plutôt que de se focaliser sur le recyclage des bouteilles en plastique, sachant que ce recyclage est déjà assuré en grande partie aujourd’hui ?» L’élu bourguignon sait de quoi il parle. En charge de la collecte et du traitement des déchets, il récupère en aval les produits usagés qui ont été conçus sans imaginer leur valorisation. «J’en ai ras-le-bol des pots de yaourt en polystyrène et des bouteilles en plastique rouge», a-t-il lancé en évoquant deux produits difficilement recyclables.

Indice ou incitations financières ?

Spécialiste du recyclage, le président de Federec[1] Jean-Philippe Carpentier a saisi la balle au bond: «il faudrait que les pouvoirs publics donnent mission à l’Ademe d’évaluer l’éco-conception des produits. Un indice, sur le modèle du Nutriscore, permettrait au consommateur d’y voir plus clair. Et si les fabricants choisissent des matériaux difficilement recyclables, comme le PET opaque, c’est tout simplement parce qu’il est plus léger et donc moins cher», a-t-il rappelé.

Le représentant de la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) s’est risqué à une intervention. «L’éco-modulation des contributions a jusque-là été sous-utilisée. On espère que le projet de loi [qui prévoit des bonus-malus allant jusqu’à 20% du prix de vente, ndlr] va permettre de les développer», a glissé Vincent Coissard, du ministère de la transition écologique, admettant que «beaucoup de citoyens ne savent pas qu’une bouteille de Badoit en plastique rouge est difficilement recyclable».

25% de plastiques recyclés incorporés en 2025

Timide en matière d’éco-conception, le projet de loi contre le gaspillage et pour une économie circulaire qui vient d’être adopté au Sénat, se contente d’améliorer l’information du consommateur, comme la création d’un indice de réparabilité sur les produits électriques et électroniques, plutôt que de provoquer des changements concrets au stade de la production. L’incorporation de matières recyclées dans la fabrication fait quant à elle l’objet de timides avancées. Les industriels de plusieurs secteurs se sont engagés, en juillet 2018, à doubler l’intégration de plastiques recyclés d’ici à 2025. Soit environ 500.000 tonnes de matières par an contre 300.000 t aujourd’hui (sur 3,6 Mt de plastiques mis sur le marché). Brune Poirson a ajouté, ce 3 octobre, qu’ils devraient s’engager, cet automne, à tripler la mise d’ici à 2025. Proposés par Federec, des certificats d’incorporation de matières recyclées vont par ailleurs être expérimentés sur certains produits et matériaux, selon le projet de loi adopté au Sénat. «Un projet va bientôt être lancé dans une région française, avec un financement européen», a lancé Jean-Philippe Carpentier. Sans attendre l’adoption de la mesure par les députés, dont l’examen du projet de loi débutera en décembre.

 

Brune Poirson n’en démord pas. Malgré le refus unanime, exprimé par les sénateurs, d’une consigne des emballages pour recyclage-réemploi, la secrétaire d’Etat Brune Poirson a confirmé, ce 3 octobre, sa volonté de la mettre en place. Une énième fois, elle a répété que «le réemploi serait adossé au recyclage», sans expliquer toutefois comment... Elle a ajouté que l’impact financier serait positif pour les collectivités «puisque 80% des coûts nets d’un service optimisé de collecte et de tri seraient pris en charge par les metteurs sur le marché». Une mesure déjà obligatoire aujourd’hui, qui ne compense pas la perte des recettes liées à la revente, par les collectivités, de matières recyclables. Enfin, elle a déclaré que «les bouteilles déconsignées traitées en centre de tri feraient l’objet d’un soutien financier variant entre 50 et 124 millions d’euros par an».

[1] Fédération des entreprises du recyclage