Arctique : moins de glace mais plus de trafic

Le 02 septembre 2020 par Victor Miget
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En Arctique, la suie rejetée par les moteurs des navires en recouvre la glace et absorbe le rayonnement solaire; accentuant le rythme de fusion des glaces.
En Arctique, la suie rejetée par les moteurs des navires en recouvre la glace et absorbe le rayonnement solaire; accentuant le rythme de fusion des glaces.

Selon une analyse de Reuters, la croissance du trafic de navires commerciaux empruntant les nouvelles routes maritimes du grand Nord est exponentielle. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement.

 

La fonte des glaces de mer ouvre de nouvelles routes maritimes. En mai dernier, la route maritime du Nord (RMN), qui relie le port de Mourmansk au détroit de Béring par les côtes sibériennes, a pu ouvrir à la navigation avec deux mois d’avance.

Au sud aussi. Citant une étude du groupe de travail intergouvernemental du Conseil de l’Arctique, Reuters note que 1.628 navires sont entrés dans la région arctique, en dehors de la route maritime du Nord en 2019 : un chiffre en hausse de 25% par rapport à 2013.

Plus 60% en 3 ans

De quoi attirer les armateurs de toutes eaux. Selon une analyse de Reuters, le trafic le long de la côte sibérienne a augmenté de 58% entre 2016 et 2019. Rien que l’année dernière, 200 à 300 cargos et brise-glace ont effectué 2.694 voyages sur la route maritime du Nord, d’après des données des chercheurs du Centre for High North Logistics de l'université du Nord de Norvège. Des navires russes, chinois et canadiens pour la plupart.

La pandémie de Covid-19 et le fléchissement économique qui a suivi n’ont pas ralenti la cadence. 935 voyages ont été comptabilisés au premier semestre  contre 855 l’an dernier durant la même période.

L’artère de la côte nord de la Russie épargne 10 jours de navigation entre l’Europe et l’Asie. Mais l’environnement lui, n’est pas épargné. Plus de navires veut dire plus d’émissions polluantes. A titre d’exemple, les seuls méthaniers ont brûlé 239.000 tonnes de carburant en 2019, contre 6.000 tonnes en 2017 dans la région. La suie rejetée par les moteurs, elle, en recouvrant la glace, absorbe le rayonnement solaire et accentue le rythme de fusion des glaces, rappelle Reuters.

Route permanente

La tendance n’est pas prête de s’inverser. La Russie s’est fixée pour objectif de faire transiter 80 millions de tonnes de marchandises via la route du nord d’ici à 2025. Le double du tonnage actuel.. Et ce ne sont pas les législations internationales qui entraveront ce développement.

Réglementairement, le grand nord s’apparente au Far West. C’est tout juste si l'Organisation maritime internationale (OMI) essaie d’interdire l'utilisation et le transport du fioul lourd à en Arctique d'ici à 2024, souligne Reuters. Mais dans ce cas, la règle ne s’appliquerait pas aux navires battant pavillon de pays arctiques.