Amazon : plus de produits et moins d’écologie

Le 10 juin 2020 par Victor Miget
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Le centre de tri d'Amazon à Fournès.
Le centre de tri d'Amazon à Fournès.

Le géant mondial de la distribution veut doubler sa surface de stockage en France d’ici début 2021. Une dizaine de projets d’entrepôts sont dans les tuyaux. Ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’environnement.

 

Amazon pèse déjà lourd dans l’Hexagone. Le groupe présidé par Jeffrey Bezos détient près de 20% de part de marché dans le commerce en ligne tricolore. Et il ne compte pas en rester là. «Dans les prochains mois, Amazon veut doubler sa surface installée depuis 2007», explique Alma Dufour, chargée de campagne extraction et surconsommation aux Amis de la Terre France. Avec la confédération des commerçants de France et l’association pour le développement de l’emploi dans le respect de l’environnement (Adere), l’ONG s’inquiète de l’offensive de la marque à la flèche.

1,3 milliards de produits neufs

«Cette société encourage une fois de plus la surproduction (de produits neufs, ndlr). C’est de loin son plus gros facteur d’impact environnemental», assure Alma Dufour. S’ils sont effectivement construits, la dizaine d’entrepôts et de centres de tri pourraient mettre sur le marché 1,3 milliard de produits neufs chaque année. Ces montagnes de livres, de chaussures ou de brosses à dents électriques seront acheminées par camions ou par avions.

A Colombier-Saugnieu, près de l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry, Amazon projette de construire un entrepôt dont l’activité générera un trafic de 1.000 camions et de 4.500 camionnettes par jour. Les associations soupçonnent l’entreprise de vouloir faire de ce lieu un hub logistique. Rien d’étonnant, Amazon adore l’avion. Pour livrer ses colis en 24h chrono, Amazon a augmenté de 29% le volume de son fret aérien international entre 2018 et 2019, estime Reuters. Ce n’est pas tout.

Patrimoine menacé

Par leur gigantisme, entrepôts et centres de tri consomment d’importantes surfaces. L’exemple le plus parlant concerne le bâtiment que la société souhaite implanter à proximité du pont du Gard, dans la commune de Fournès. L’édifice romain, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est l’un des sites touristiques les plus visités de France. Cela n’empêche pas Amazon de vouloir bâtir à proximité une plate-forme de près de 39.000 m2, près des axes autoroutiers A7 et A9. Objectif : desservir l’Italie et la péninsule ibérique.

Le permis de construire a été accordé en septembre 2019 et l’autorisation environnementale délivrée par la préfecture du Gard en novembre 2019. Pourtant l’entrepôt dénaturerait la réserve de biosphère des Gorges du Gardon et du territoire de l’Uzège. A ce jour, onze recours ont été déposés contre le permis de construire, ainsi qu’une plainte contre d’anciens élus pour prise illégale d’intérêt.

Ces centres posent également la question de l’artificialisation des sols. Dans le Gard, la construction du hangar de 5 étages détruira plusieurs hectares de cultures. En outre, les maraîchers, apiculteurs et autres exploitations viticoles environnantes (labellisées AOC Côtes-du-Rhône) seront affectés par la pollution et la perte d’attractivité de ces territoires, préviennent les militants. Histoire d’enfoncer un peu le clou, les associations rappellent que le Plan d’aménagement et de développement durable du territoire souligne la nécessité de ne plus artificialiser les sols. « Nos sites sont développés avec la volonté d'une intégration harmonieuse dans les territoires et intègrent les dernières avancées en termes d'efficacité énergétique et d'utilisation responsable des ressources et nous avons pris des engagements forts en matière environnementale », s'est défendu un porte-parole d'Amazon.