Aires protégées: le projet de Stratégie nationale est mal embarqué

Le 10 juillet 2020 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Entre la stratégie et la réalité, un écart abyssal
Entre la stratégie et la réalité, un écart abyssal

Le projet actuel de Stratégie nationale pour les aires protégées ne permettra pas d’atteindre les objectifs fixés par le président Macron. Soit 30% d’aires protégées en 2022, dont un tiers en pleine naturalité. Les ONG demandent une définition plus ambitieuse d’une aire sous forte protection.

 

Se contenter d’une approche surfacique conduira nécessairement à l’échec. Une nouvelle fois, les ONG spécialisée dans la protection de la vie marine (Bloom, Oceana, MedReAct, Sea Shepherd, Pew, etc) demandent une définition ambitieuse d’une aire marine protégée «en pleine naturalité», selon l’expression utilisée par Macron lors du Comité de défense écologique de mai 2019. Traduction : il s’agit d’une aire «en protection forte» selon les services du ministère de la transition écologique.

Pompili or not Pompili ? C’est la question que se pose la communauté des aires marines protégées, alors que le comité de pilotage dédié à la stratégie nationale a été reporté in extremis du 9 au 17 juillet et qu’un nouveau ministère de la mer a été créé dans le gouvernement Castex. Selon nos informations, Annick Girardin récupère la pêche, les énergies marines, le transport maritime, les ports et l’industrie navale. Mais la biodiversité marine nage encore en eaux troubles…

Définition a minima

Selon le projet de Stratégie 2020-2030 consulté par le JDLE, le gouvernement propose en effet une définition minimale d’une protection forte. Soit «un espace naturel dans lequel les pressions engendrées par les activités humaines susceptibles de compromettre la conservation des enjeux écologiques de cet espace sont supprimées ou significativement limitées, et de manière pérenne, grâce à la mise en œuvre d’une règlementation adaptée, associée à un contrôle effectif des activités concernées».

«C’est la définition d’une aire marine protégée classique», réagit Nicolas Fournier, directeur de campagne à Oceana. Les ONG demandent une définition plus ambitieuse, qui exclut toutes les activités d’extraction, néfastes à la biodiversité. «C’est possible. Le Royaume-Uni l’a fait. Au début de l’année, Londres a défini des critères précis, excluant de nombreuses activités extractives, pour définir ses nouvelles aires marines de forte protection», poursuit-il. Seules 1,5% des eaux françaises bénéficient aujourd’hui de cette protection contre 20% d’AMP validées sur le papier.

Selon les scientifiques, seule une protection intégrale (sans aucun prélèvement) permet d’obtenir des bénéfices environnementaux.  

Tour de passe-passe

Les ONG demandent aussi une déclinaison des objectifs nationaux dans chaque façade. Soit 10% d’AMP en protection forte en Méditerranée, dans le Golfe de Gascogne, dans le Pacifique… «La création de la réserve naturelle, très étendue, des Terres australes, qui devrait être opérationnelle début 2021, va permettre d’augmenter fortement le quota français et d’atteindre mathématiquement 10% d’AMP en protection forte. Mais cela ne sera pas représentatif des aires françaises», déplore Nicolas Fournier.

La stratégie française définitive sera présentée lors du congrès de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) en janvier à Marseille. L’UICN recommande, elle, pas moins de 30% d’AMP en protection forte d’ici à 2030. Et propose une classification d’AMP en 6 catégories parfaitement définies dont les deux premières seulement affichent une protection forte.