Airbus veut imiter les oiseaux migrateurs

Le 10 septembre 2020 par Victor Miget
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Comme lors d'un vol d'oie, un réacteur produit dans son sillage un courant d’air ascendant qu’un suiveur peut récupérer afin de réduire son effort.
Comme lors d'un vol d'oie, un réacteur produit dans son sillage un courant d’air ascendant qu’un suiveur peut récupérer afin de réduire son effort.
Airbus

L’avionneur veut s'inspirer du vol des oies sauvages pour réduire la consommation de carburant des aéronefs. Explications biomimétiques.

 

Alors que l’avion est de plus en plus décrié pour ses émissions de gaz à effet de serre, et le manque de solutions apportées par les acteurs du secteur, Airbus planche sur un projet pour le moins original. L’avionneur travaille sur les vols d’avions de ligne en formation en s'inspirant des oies sauvages. Cette technique pourrait réduire de 5 à 10% la consommation de carburant d’un appareil.

Portance  

Airbus a annoncé, mercredi 9 septembre, avoir signé des accords avec Frenchbee et SAS Scandinavian Airlines, ainsi que trois fournisseurs de services de navigation aérienne; la direction des services de la navigation aérienne (DSNA) en France, la NATS du Royaume-Uni et Eurocontrol. Objectif: démontrer la faisabilité opérationnelle d’un démonstrateur baptisé fello’fly.

Inspiré du biomimétisme, le projet vise à reproduire le comportement des oiseaux migrateurs qui volent en formation en «V». «L’oiseau de tête va offrir une portance pour ces congénères. Ce qui leur permet de s’économiser et de brûler moins d’énergie», développe un porte-parole d’Airbus. «C’est ce principe que nous souhaitons reproduire, mais avec deux avions dans un premier temps», poursuit-il. Un réacteur produit dans son sillage un vortex qui contient un courant d’air ascendant qu’un avion suiveur pourrait récupérer afin de réduire la poussée de ses moteurs.

D’un point de vue opérationnel, «en temps normal, plusieurs avions se rejoignent sur un même couloir aérien mais à des altitudes différentes. L’idée consiste à aligner les avions à une faible distance (3km) et une même altitude», explique le porte-parole.

Créer un standard

Les compagnies aériennes Frenchbee et SAS fourniront l’expertise dans la planification et les opérations de vol pour les besoins de collaboration pour le rapprochement des avions avant et pendant une opération. La DSNA, NATS et Eurocontrol apporteront leur expertise en navigation.

Leur mission : définir comment deux aéronefs peuvent être rapprochés en toute sécurité, en minimisant l’impact sur les procédures actuelles. «Le concept opérationnel devrait prévoir d'adapter les plans de vol, sans modifications des couloirs aériens. Faire voler les avions par paire nécessitera toutefois de bloquer 2 niveaux de vol (altitude ndlr)», précise un responsable de la DSNA.

La démarche devra aussi être certifiée et validée par les organismes de trafic aérien. «Il est nécessaire de développer un standard de communication et de connexion des avions, et d’adapter les plans de vols. C’est pourquoi nous avons annoncés des partenariats avec des compagnies aérienne et des organismes de trafic aérien», assure Airbus

Mais chaque pays possède son propre organisme. Il va donc falloir être convaincant pour légitimer le procédé à grande échelle. Airbus participe déjà à un groupe de travail de l’Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) en charge des aspects opérationnels et réglementaires sur l'Atlantique Nord. Casse-tête juridique à l’horizon ? Airbus n’y croit pas trop. «La démonstration, la faisabilité, la réduction de l’impact sur l’environnement et la baisse de consommation en carburant vont faire que, une fois le procédé certifié, il sera facile de le faire adopter à l’ensemble des acteurs de l’aérien», se risque le porte-parole.

En attendant, les essais en vol auront lieu tout au long de 2020 sur deux Airbus A350. Sauf imprévu, des tests dans un espace aérien océanique débuteront dès 2021.