Airbus des batteries : Total et PSA s’en chargent

Le 07 septembre 2020 par Victor Miget
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Le site de production pilote de l'ACC à Nersac (Charente).
Le site de production pilote de l'ACC à Nersac (Charente).
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PSA/Opel et Total/Saft ont annoncé, jeudi 3 septembre, avoir signé un accord pour la création de la co-entreprise Automotive Cells Company ACC. Jalon d’une filière européenne de batterie qui ambitionne de concurrencer l’Asie.

 

Souveraineté industrielle oblige, l’Europe veut créer sa filière européenne de la batterie pour concurrencer le géant asiatique. Dernier rejeton en date : la co-entreprise ACC. Annoncée en janvier dernier, elle réunit à 50-50 PSA et sa filiale allemande Opel, et Saft, filiale de Total spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de batteries (voitures, aérospatiale etc.).

David contre Goliath

Total n’en doute pas, lui et ses partenaires ont les épaules pour concurrencer sérieusement l’Asie. Mais en la matière, tout est à faire. Le vieux continent ne représente qu’1% de la production mondiale. Pour l’énergéticien, ce retard peut être comblé. «En Europe, nous avons une expertise technologique sur toute la chaîne de valeur des batteries. Nous allons rapidement obtenir un effet d’échelle qui nous permettra d’être compétitif», assure un porte-parole.

La fabrication sera lancée dans deux usines : à Douvrin, dans le nord de la France, puis à Kaiserslautern, en Allemagne (Rhénanie-Palatinat). La coentreprise s’est fixée pour objectif d’atteindre une capacité de 8 gigawatts heure (GWh) en 2023, puis 48 GWh à l’horizon 2030. Soit la production pour un million de véhicules électriques par an (10 à 15 % du marché européen).

Reste à savoir comment sera écoulée la production de l’ACC. «Les batteries produites seront vendues aux constructeurs automobiles qui ont un marché mondial et une attention accrue sera portée aux besoins du marché européen». La moindre des choses, puisque, évalué à 5 milliards d’euros (Mds€), le projet bénéficie du soutien financier des pouvoirs publics français et allemands pour un montant de 1,3 Md€, et est reconnu par l’Union européenne comme « un projet important d’intérêt européen commun » (IPCEI, pour Important project of commun European interest).

Une stratégie : la R&D

Total et ses partenaires comptent massifier, mais aussi développer des technologies prometteuses pour rattraper leurs concurrents asiatiques. En attendant que les sites entrent en production, un centre de recherche et développement à Bordeaux et un site de production pilote à Nersac (Charente) sont en phase de démarrage pour mettre au point les nouvelles technologies de cellules lithium-ion de haute performance qui sortiront des usines. Elles offriront une meilleure densité énergétique, seront plus compactes, plus légères, moins onéreuses et fourniront davantage d'énergie et de puissance assure Total. «La consommation CO2 pour nos cellules fabriquées en France sera réduite de 40% par rapport à leur équivalent asiatique», ajoute le porte-parole. 

A l’issu de cette phase, la production pourrait-être lancée dans les deux gigafactories. En parallèle : «le projet ACC s’appuiera sur un programme de recherche et développement pour concevoir des batteries ‘’tout solide’’», développe le porte-parole. Dans ce type de technologie, l’électrolyte liquide, inflammable, est remplacée par un composé inorganique solide ininflammable. La batterie est aussi plus compacte et  aussi performante que celles utilisées aujourd’hui..  

Des recherches que la concurrence d’Extrême-Orient pourrait tout à fait mener de son côté. Pas si sûr, de l’avis de Total, qui décidément, affiche une confiance à toute épreuve. «Avec une entreprise comme Saft, nous sommes sur de la très haute technologique, ce qui va nous permettre de nous différencier de la concurrence asiatique», se risque le porte-parole. Pourtant, une fois encore, l’avantage est à l’Asie. La startup chinoise Qing Tao Energy Development est parvenue à mettre en production une batterie électrolyte solide dès 2019.