Air France ne fait pas du climat table rase

Le 23 octobre 2020 par Victor Miget
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Vincent Etchebehere, directeur du développement durable et des nouvelles mobilités de Air France
Vincent Etchebehere, directeur du développement durable et des nouvelles mobilités de Air France

Nommé directeur du développement durable et nouvelles mobilités d’Air France en juillet, Vincent Etchebehere précise les engagements climatiques de la compagnie tricolore.

 

En pleine crise sanitaire, comment Air France envisage le dispositif Corsia et l’ajustement de l’année de référence? 

Air France soutient depuis le début, le programme Corsia[1]. Nous avons suivi les discussions sur l’année de référence, et le choix qui a été fait, en raison du contexte sanitaire, de retenir la seule année de référence 2019 et non plus 2019 et 2020[i]. Cela va effectivement retarder la mise en œuvre de Corsia. Mais en attendant, Air France compense ses émissions depuis 2012 sur les flux intra-européen. Nous compensons déjà la moitié de nos émissions européennes dans le cadre de l’ETS et nous avons aussi pris un engagement au 1er janvier 2020, en allant plus loin que l’ETS en compensant l’intégralité des émissions de notre réseau domestique. C’est un engagement que nous avions pris juste avant la crise sanitaire, et que nous avons décidé de maintenir malgré les conditions difficiles.  

Sur quel type de programme Air France va-t-elle investir pour compenser ses émissions? 

Pour la compensation volontaire sur 100% de nos vols domestiques, nous avons choisi avec notre partenaire EcoAct, d’avoir une combinaison de projets à la fois de captation carbone, à travers des projets de reforestation, et de développement d’énergie renouvelables, en Inde notamment. Dans le cadre de Corsia, nous choisirons, les projets et les mécanismes au regard des certificats de haute exigence prévus dans ce cadre-ci. 

Nous travaillons aussi avec l’association A Tree For You pour permettre à nos clients de soutenir de manière volontaire des projets de reforestation et absorption au moment de leur réservation ou après leur voyage. Ces projets sont sélectionnés par un comité scientifique composé d’experts reconnus pour leurs actions en faveur de l’environnement. Plus de 180.000 arbres ont déjà été plantés depuis 2018. 

Où en êtes-vous concernant votre politique d’adaptation?  

Le secteur aérien est l’un des plus complexe à décarboner. Nous sommes pleinement engagés à réduire au maximum nos émissions de gaz à effet de serre en utilisant tous les moyens disponibles actuellement. Le levier le plus efficace aujourd’hui est le renouvellement de notre flotte. Chaque nouvel avion qui rejoint notre flotte émet 25% d’émissions de CO2 en moins par rapport à celui de la génération précédente et de 40% l’empreinte sonore. Nous avons ainsi commandé trente-huit A350 et soixante A220. Ces derniers rentreront dans notre flotte à partir de septembre 2021.

Quel sera le rythme de renouvellement?

En 2025, les avions de nouvelle génération représenteront 50% de notre flotte, et 80% en 2030. Cela correspond à un investissement d’un milliard d’euros par an. Nous avons aussi développé des actions de réduction de consommation de carburant grâce à l’optimisation de trajectoire, l’allègement de la masse embarquée dans nos avions, ainsi que le roulage à 1 moteur.

Nous cherchons aussi à réduire nos émissions au sol, en électrifiant nos engins de piste. 58% d’entre eux le sont déjà aujourd’hui et notre objectif est d’atteindre 90% à horizon 2025. Toutes ces actions nous ont permis de réduire nos émissions de CO2 de 6% entre 2005 et 2019 en valeur absolue et sans comptabiliser les émissions que nous compensons, et ce, dans un contexte de 32% de hausse du trafic. Mais nous devons accélérer le rythme de notre décarbonation.

Air France s’est engagé à fermer certaines lignes domestiques lorsqu’une alternative de moins de 2h30 en train existe. Qu’en est-il?  

Air France a pris l’engagement de réduire ses émissions de CO2 sur le réseau domestique de 50% entre 2019 et 2024. A ce titre, nous n’opérons plus les lignes de moins de 2h30 au départ d’Orly. Soit : Nantes/Orly, Lyon/Orly et Bordeaux/Orly. Ces lignes avaient déjà été fermées au moment du confinement et le sont restées depuis. 

L’avion vert (hydrogène) est-il une filière d’avenir pour l'aérien? 

Nous soutenons la R&D du secteur aéronautique français, c’est un enjeu formidable et nécessaire pour réduire l’empreinte carbone de l’aviation. Il faut garder en tête que l’avion à hydrogène ne devrait pas arriver avant 2035-2040. Notre priorité consiste à agir maintenant pour réduire au maximum nos émissions avec les technologies existantes.

Et les émissions que nous ne pouvons pas encore réduire, nous agissons pour les compenser. La compensation n’est pas une fin en soi, mais une mesure transitoire avant l’arrivée de ces ruptures technologiques et le développement à plus court terme de biocarburants pour l’aviation.

Privilégierez-vous les biocarburants aux agrocarburants? 

Notre engagement est de prendre les solutions de biocarburants répondant aux plus hauts standards de qualité et qui n’entrent pas en compétition avec la production agricole. Il s’agit de la source la plus prometteuse (mais encore très à la marge NDLR) pour réduire nos émissions, car ils émettent de 80 à 90% d’émissions de CO2 en moins à la source.

Nous sommes engagés pour contribuer au développement d’une filière de biocarburants d’aviation en France, en prenant fortement part notamment à l’appel à manifestation d’intérêt pour des projets de production de biocarburants en France lancés par l’Etat début 2020. Mais toutes ces mesures restent transitoires, dans l’attente de nouveaux instruments technologiques comme l’avion à hydrogène et les carburants synthétiques. 

 

 



[1] Elaboré par l’OACI, Corsia vise à compenser les émissions de CO2 des vols internationaux.