Agribalyse soulève un vent de discorde

Le 21 décembre 2020 par Stéphanie Senet
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La 3ème version d'Agribalyse a été lancée le 29 septembre
La 3ème version d'Agribalyse a été lancée le 29 septembre

Mis en place par l’Ademe et Inrae, le dispositif d’évaluation de l’empreinte environnementale des aliments fait l’objet de vives critiques par les associations de défense de l’environnement, de l’agriculture bio et du bien-être animal ainsi que par la filière de l’élevage.

Interrompre le dispositif Agribalyse pour l’améliorer avant de le diffuser. Telle est la demande faite le 17 décembre aux ministres de la transition écologique et de l’agriculture par 17 ONG[1] ainsi que l’interprofession du bétail et des viandes.

Oublis et biais

Ces associations estiment que la troisième version de la base de données Agribalyse présentée le 29 septembre par l’Ademe et Inrae présentent de sérieux problèmes. A commencer par l’insuffisante prise en compte de l’impact des pesticides et des atteintes à la biodiversité. Autres griefs : les atouts de l’agriculture biologique et du bien-être animal sont laissés de côté, tandis que le système -basé sur l’ACV des produits- favorise le rendement et les modes de production intensifs. « Il y a urgence à agir car sans se préoccuper de ces biais, des acteurs de l’agroalimentaire se sont déjà saisis des données d’Agribalyse pour communiquer sur une soi-disant excellence environnementale. Pire encore, la commande publique s’est emparée de l’outil », écrivent-elles.

Futur score carbone

De son côté, Interbev affirme qu’Agribalyse ne prend pas en compte les services rendus par les élevages d’herbivores, comme le stockage du carbone dans le sol par les prairies, ni de critère social, comme la juste rémunération de acteurs. Toutes ces associations sont d’autant plus inquiètes que le futur score carbone annoncé par le président Macron le 14 décembre pourrait s’appuyer sur la méthodologie Agribalyse.

Une pondération imposée par Bruxelles

«Dès son lancement, nous avons signalé les points faibles du dispositif, dont l’insuffisante prise en compte de l’écotoxicité des écosystèmes, en l’absence d’évaluation fiable», précise Vincent Colomb, coordinateur du dispositif Agribalyse à l’Ademe. Selon lui, le faible poids du critère lié aux pesticides dans l’évaluation globale du produit (2 à 5% de tous les critères) est par ailleurs imposé par la Commission européenne. «C’est elle qui impose la pondération des 16 indicateurs retenus pour mesure l’empreinte environnementale, comme l’impact sur le climat, la consommation de ressources ou l’eau», précise-t-il.

A suivre…

Reste que l’agriculture bio a été laissée au bord du chemin puisque seul le mode de production est intégré dans le dispositif mais pas le produit fini, et que le bien-être animal est totalement exclu de l’évaluation. Se voulant rassurant, Vincent Colomb conclut : «Il est clair que la  référence à une future étiquette environnementale des produits alimentaires, si elle se concrétise, ne se limitera pas à Agribalyse et intègrera des indicateurs complémentaires pour mieux couvrir les différents enjeux, comme la biodiversité. Ce qui reflètera ainsi les bénéfices des systèmes biologiques et extensifs. L’expérimentation qui est lancée doit permettre d’améliorer le dispositif».


[1] Dont Fnab, Synabio, France Nature Environnement, Générations futures, Greenpeace, UFC Que Choisir