Accord de Paris: les bénéfices rapides de l’atténuation

Le 07 décembre 2020 par Romain Loury
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Novembre 2020, nouveau record
Novembre 2020, nouveau record
C3S/ECMWF

Alors que les records climatiques s’enchaînent, avec un mois de novembre le plus chaud jamais observé, une étude publiée lundi 7 décembre dans Nature Climate Change apporte une lueur d’espoir: les bienfaits climatiques de l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre pourraient se faire sentir bien avant 2050.

A ce jour, le consensus scientifique repose sur l’idée que les trajectoires que prendront nos émissions de gaz à effet de serre n’auront d’effet mesurable qu’au cours de la deuxième moitié du siècle. En cause, le fait que le climat, en dehors de toute influence humaine, recèle une forte variabilité, ce qui complique l’analyse des tendances thermiques.

A cinq jours du cinquième anniversaire de l’accord de Paris, une étude publiée lundi 7 décembre dans Nature Climate Change montre au contraire que l’atténuation aurait des effets bien plus rapides, y compris en tenant compte de la variabilité climatique. Pour montrer cela, Christine McKenna, de l’université de Leeds (Royaume-Uni), et ses collègues ont modélisé le risque d’une accélération du réchauffement au cours de la période 2020-2040, selon plusieurs scénarii (objectif +1,5 °C, objectif +2 °C, engagements actuels des Etats, ‘business as usual’).

13 fois moins de risques de réchauffement rapide

Les résultats montrent que, en cas de trajectoire d’atténuation conforme à un scénario +1,5 °C, les probabilités de voir le réchauffement atteindre un rythme supérieur à +0,27 °C par décennie (actuel maximum) ne serait que de 4%, contre 14% avec un scénario +2 °C. Ce risque serait de 21% si les Etats s’en tiennent à leurs engagements actuels, et de 54% avec un scénario tendanciel. Soit un facteur de 1 à 13 entre les deux scénarios extrêmes.

Selon une autre modélisation menée par l’équipe, il y a 90% de chances pour que la hausse thermique observée avec une trajectoire +1,5 °C soit significativement moins marquée que celle observée lors d’un scénario tendanciel, au cours de la période 2020-2040. Même en s’en tenant aux promesses des Etats, le réchauffement serait moins rapide ans 74% des cas.

Selon Christine McKenna, «ces résultats montrent que les générations futures ne seront pas les seules à connaître les bénéfices d’une diminution rapide et forte des émissions. En agissant maintenant, nous pouvons prévenir une accélération du réchauffement au cours des prochaines décennies, tout en se rapprochant de nos objectifs à long terme (…) Cette étude doit inciter les gouvernements et les acteurs non étatiques à fixer des objectifs ambitieux d’atténuation, associés à une relance verte post-Covid19, dans le but d’atteindre la neutralité carbone au plus tôt».

Aucun pays en conformité avec l’accord de Paris. Tel est le constat du Climate Change Performance Index 2021 publié lundi 7 décembre par l’ONG Germanwatch. Raison pour laquelle aucun des 57 pays analysés (plus l’UE) n’ont atteint les trois premières places, celle de la haute performance climatique. En 4ème position, la Suède arrive donc en tête, devant le Royaume-Uni (5ème) et le Danemark (6ème). Quant à l’UE, son objectif «neutralité carbone en 2050» la fait passer de la 22ème à la 16ème place. A l’inverse, la France chute de quatre places, se classant désormais 23ème. Si elle n’est plus que «moyennement performante», c’est en raison de la déception causée par la Convention citoyenne pour le climat, dont toutes les propositions ne seront pas retenues par le gouvernement, mais aussi en raison d’un manque d’engagement quant au financement du climat. Au fin fond du classement, le Canada, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis.