A Nantes, ZAD et dissensions autour d’un projet nébuleux

Le 11 septembre 2020 par Victor Miget
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Il fut un temps où le Carnet était un site d'expérimentation d'éoliennes marines.
Il fut un temps où le Carnet était un site d'expérimentation d'éoliennes marines.
VLDT

Le port Nantes-Saint-Nazaire souhaite développer en bord de Loire, un projet de parc technologique aux contours flous. Des activistes ont investi le site et instauré une « zone à défendre » (ZAD).

 

Depuis une dizaine de jours, la route menant au site du Carnet, près de Nantes, est occupée par une ZAD. Sur le site, le port de Nantes-Saint-Nazaire compte aménager un parc industriel dédié aux énergies renouvelables, avec le soutien d’industriels tels que Total, Engie, ou encore Alstom. Il y a trois décennies, EDF voulait construire au même endroit une centrale nucléaire. Un projet finalement abandonné en 1997.

110 hectares à aménager

L’actuel projet de parc industriel s’étend sur 110 ha d’espace naturel. «Le site du Carnet, c’est 395 ha d’espace naturel riche et diversifié, classé Natura 2000 : une mosaïque d’habitats sableux sur une zone humide classée d’intérêt national (OZNH), au niveau d’un couloir migratoire précieux pour la région. Au total, 116 espèces protégées habitent le site», développe le collectif «Stop Carnet».

Sont cités également la pollution sonore, visuelle, les transports quotidiens par camion, l’augmentation du trafic maritime et le risque de submersion. En signe de protestation, des militants ont pris leurs quartiers et bloqué l’accès au site.

Le conseil départemental de Loire-Atlantique a porté plainte pour dégradation de la route. Le conseil régional Pays de la Loire exige le départ des zadistes. «On ne peut pas aujourd'hui tolérer qu'une nouvelle zone de non-droit s'installe dans la région, on ne va pas laisser des groupuscules extrémistes s'installer sur une propriété qui est privée», a déclaré à l’AFP la présidente de région Christelle Morançais (LR), et présidente du conseil de surveillance du port.

Un projet nébuleux

 

«Je ne veux pas qu'on revive les erreurs du passé. Ce qui s'est passé notamment sur Notre-Dame-des-Landes, ce n'est pas acceptable», a-t-elle ajouté en référence au projet d'aéroport abandonné en 2018. Afin de justifier le projet, l’élue évoque «1.200 emplois directs» et «les énergies marines renouvelables», elle dit vouloir «montrer l'écologie du concret» sur le site du Carnet.

Mais à l’heure actuelle, difficile de parler de «concret» tant ce que souhaite développer le port de Saint-Nazaire reste mystèrieux. Dans une étude d’impact réalisée en 2016, il disait vouloir créer «une offre foncière pour les activités d’expérimentation et de mise au point préalable à la production, sur la production elle-même ainsi que de services et de soutien logistique aux filières engagées dans le secteur des énergies renouvelables et en particulier celles tournées vers la mer». L'aménagement de ce site s'accompagnera d'une requalification et d'une gestion des espaces naturels : 290 hectares seront ainsi préservés et restaurés. L’aménagement «fait l'objet d'une coopération étroite avec les services de l'État et les associations environnementales», précisait le Grand Port.
 

Mais 4 ans plus tard, aucune échéance ni projet précis n'ont été communiqués. Lors d’une conférence de presse, lundi 7 septembre, le président du conseil départemental de Loire-Atlantique, et vice-président du conseil de surveillance du Grand port, Philippe Grosvalet (PS), favorable au projet, a plaidé pour plus de clarté.

Contacté par Le Journal de l’environnement : Le port de Nantes Saint-Nazaire n’a pas souhaité commenter.

Les écologistes en désaccord

Pour ajouter un peu plus à la confusion, tous les écologistes ne sont pas d’accord sur l’avenir du site. Interrogé par l’AFP, Guy Bourlès, le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) en Loire-Atlantique, a rappelé que l’association «travaille avec le port depuis 10 ans sur un plan de gestion» du site. France Nature Environnement, Bretagne Vivante et la LPO avaient déjà perdu des procès par le passé, concernant un prototype d'éolienne et un port installés depuis.

Pragmatiques, les associations s’inquiètent de voir des aménagements réalisés petit à petit. Ils estiment donc qu'un «projet d'aménagement global est préférable à une multiplication de projets ponctuels en ce qu'il permet d'envisager la préservation durable d'une partie importante du site».

Une position qui fait bondir les militants de Stop Carnet. «Nous nous interrogeons sur le positionnement des associations environnementales FNE et LPO, qui, en acceptant la gestion d’une zone naturelle de 300ha sur ce même site, font office de caution environnementale».

Le collectif a lancé un appel à manifestation pour le lundi 14 septembre, jour du forum économique annuel de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Nantes et de Saint-Nazaire.