2021, l’année du déconfinement du carbone

Le 10 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les fossiles continuent de pomper l'argent des plans de relance.
Les fossiles continuent de pomper l'argent des plans de relance.
Equinor

Malgré une chute historique en 2020, les émissions carbonées devraient repartir à la hausse dès l'année prochaine. La faute au déconfinement, bien sûr, mais aussi aux plans de relance. Encore trop favorables aux énergies fossiles.

Ce sera l’une des rares bonnes nouvelles de l’année. En 2020, les émissions anthropiques de gaz carbonique devraient sévèrement reculer par rapport à 2019. Selon le rapport annuel du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives de réduction d’émission (Emissions Gap), publié le 9 décembre, le millésime 2020 devrait friser les 55 milliards de tonnes de gaz à effet de serre: 7% de moins que l’année précédente. «C’est la plus forte baisse d’émission annuelle depuis la seconde guerre mondiale», souligne Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le climat (HCC). Nul doute que les communicants gouvernementaux se féliciteront d’un tel résultat. Ils auront bien tort!

fort réchauffement annoncé

Certes, la décrue annoncée correspond peu ou prou à l’effort à fournir, chaque année, pour nous placer sur les rails nous menant à la neutralité carbone à la moitié du siècle. A ceci près qu’il ne s’agit que d’un One Shot. Notre monde est ainsi organisé que nous roulons tout droit vers un réchauffement accéléré. La mise en œuvre des politiques climatiques (NDC) esquissées par les parties à l’accord de Paris «nous conduisent à un réchauffement de 3,2 °C au cours du siècle», précisent les experts du PNUE. Les climatologues de Climate Action Tracker (CAT) sont moins pessimistes. Ce catalogue de bonnes actions pourrait, estiment-ils, stabiliser le réchauffement à 2,6°C.

le fossile, toujours

Et malgré de nombreux appels lancés pour les verdir, ce ne pas les plans de relance Post-Covid qui mettront les économies sur de bonnes bases. Regroupés dans le consortium Energy Policy Tracker, des chercheurs de 21 centres de recherches (dont l’institut français pour l’économie du climat, I4CE) en ont fait un rapide bilan … carbone. Depuis le début de la pandémie, notent-ils, les pays du G20 (à l’origine de 80% des émissions anthropiques de Ges) ont consacré près de 440 milliards de dollars pour soutenir le secteur énergétique. Dans le lot, 53% ont été consacrés aux énergies fossiles, contre 35% pour les énergies décarbonées. Ce n’est pas tout.

décarboner et désinvestir

Dans un article publié, il y a quelques semaines dans Science, une autre équipe de scientifiques a quantifié le montant des Stimulus Plans de 149 pays affecté à l’atteinte des objectifs fixés par l’accord de Paris. Ce n’est pas réjouissant. Selon l’équipe dirigée par Marina Andrijevic (Climate Analytics, université Humbold de Berlin), moins de 3% des 12.000 milliards de dollars mis sur la table par les gouvernements sont effectivement affectés à la lutte contre le réchauffement. A contrario, si les Etats consacraient annuellement ces 300 milliards de dollars à la décarbonation en s’évitant d’investir les 280 milliards annuels dans les carburants et les combustibles pétroliers, ils contribueraient activement au verdissement de leur économie. Nous n’en sommes pas là.

Pis, au vu de l’évolution de l’activité économique dans les pays débarrassés de la Covid-19, les émissions de Ges devraient repartir à la hausse dès l’année prochaine. «Comme on l’a déjà observé après chaque crise économique, les émissions vont rebondir l’année prochaine», prédit Corinne Le Quéré.

A moins, bien sûr, d’investir dans les «solutions bas carbone». Au moment de la signature de l’accord de Paris, rares étaient les technologies décarbonées compétitives, notent les auteurs d’une étude de Sistemiq, parue le 8 décembre. En 2014, l’agence internationale de l’énergie (AIE) estimait qu’il faudrait attendre 2050 pour que le coût de production du photovoltaïque passe la barre des 50 $/MWh. Ce seuil a été franchi … cette année.

technologies à prise rapide

Toujours pendant la COP 21, les experts clamaient que la voiture à moteur thermique représentait toujours une majorité des ventes en 2060. On sait maintenant que leur vente, précisément, sera interdite en 2040, voire en 2030, comme au Royaume-Uni. Ces dernières années, les technologies ont suffisamment progresser pour offrir des solutions bas carbone rentable à des secteurs à l’origine du quart de nos émissions, estiment les analystes de Sistemiq. «La dynamique est beaucoup plus rapide qu’on ne le pense. Avec de bons soutiens publics, les technologies zéro carbone et leurs modèles d’affaires peuvent supplanter les industries intensives en carbone dès 2030», affirme Jeremy Oppenheim, fondateur du think tank britannique. Avec la banalisation annoncée de l’hydrogène, notamment, entreprises et territoires disposeront de solutions économiques de décarbonation pour le transport lourd, la production d’énergie, l’agriculture, le chauffage d’ici la fin de la décennie.

«Nous savons maintenant que de mauvais choix accroîtront les risques climatiques, avec les conséquences financières qui vont avec», rappelle Nicholas Stern. Et l’inventeur de l’économie du climat de souligner que ne pas investir dans l’économie bas carbone, c’est aussi rater une opportunité de création de prospérité.» Cette évidence n’a pas (encore) sauté aux yeux des rédacteurs des plans de relance.