2020: fausse bonne année climatique

Le 11 décembre 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Dans 7 ans, nous aurons consommé notre budget carbone.
Dans 7 ans, nous aurons consommé notre budget carbone.
VLDT

Les confinements ont fait chuter nos émissions de façon spectaculaire, confirment les climatologues du Global Carbon Project. Cet allègement de notre bilan carbone annuel ne devrait pas durer.

Pas facile en ces temps sombres de ne pas s’arrêter sur une bonne nouvelle. Et pourtant. C’est le message subliminal qu’adressent les membres du Carbon Global Project (CGP). Réunis dans un consortium informel, ces 85 climatologues établissent, depuis 13 ans, le bilan carbone mondial de l’année. Ce vendredi 11 décembre, le CGP a livré son diagnostic pour 2020, «année atypique», a rappelé Phlippe Ciais (LSCE-IPSL).

Atypique, par le profil d’émission. «La pandémie de Covid-19 a provoqué un arrêt inédit des activités humaines», complète Corinne Le Quéré (université d’East Anglia). De quoi faire chuter sensiblement les émissions carbonées, événement rare. Selon les projections des chercheurs, nos émissions devraient être inférieures de 2,4 milliards de tonnes par rapport à celles de 2019. Soit une baisse de 7% à l’échelle mondiale: un record! Observés en 1981, 1992 ou 1945, les précédents reculs étaient de moindre ampleur: respectivement, de 500 Mt CO2, 700 Mt et 900 Mt.

Quel est notre budget carbone ? Le réchauffement est conditionné par le stock de carbone présent dans l’atmosphère. Pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, nous ne pouvons envoyer dans l’air plus de 2.650 milliards de tonnes de CO2, rappellent les auteurs du rapport spécial du Giec d’octobre 2018. Depuis, la révolution industrielle, nous avons déjà consommé 84% de ce budget carbone. Celui-ci s’élève désormais à moins de 400 milliards de tonnes. Au rythme 2020 de consommation (ou d’émission), nous serons à découvert dans … 7 ans.

Les variations sont, en fait, très différentes d’une région du monde à l’autre. Subissant d’importants confinements, les Etats-Unis et l’Europe ont vu, respectivement, leurs émissions chuter de 12% et de 11%. Avec une baisse de 9%, l’Inde n’est pas loin derrière.

faible baisse chinoise

A contrario, la Chine, qui a rapidement mis fin aux périodes de rétention, a fait très rapidement repartir son économie. Avec les émissions qui vont avec. Sur l’année, Pékin ne devrait comptabiliser qu’une baisse de 1,7% par rapport à 2019.

Les transports sont le secteur à avoir réduit le plus ses émissions: -50% dans les pays ayant massivement confiné. Loin devant l’industrie qui n’a vu ses rejets carbonés chuter «que» de 30% dans ces pays les plus frappés par la pandémie. Si la production d’électricité a certes pâti d’une moindre activité industrielle, son bilan reste important: ses émissions (qui représentent 44% du total) n’ont été réduites que de 15%.

bonne trajectoire?

L’activité obtenant les «meilleurs» résultats reste l’aviation commerciale qui a vu ses émissions s’écrouler de 75% au pic des confinements. Cela étant, le transport aérien est à l'origine de 3% des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

Cet accident carbonique nous replace-t-il sur une bonne trajectoire, susceptible de nous faire atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris? Pas vraiment. Certes, la baisse évaluée pour cette année est importante (-7%) et compatible avec les efforts exigés pour nous décarboner. Mais elle ne durera pas. «Si l’on veut stabiliser le réchauffement à 1,5°C, nous devons réduire nos émissions mondiales de 50% d’ici à 2030», résume Philippe Ciais.

Ce qui revient à raboter nos émissions de 2 milliards de tonnes chaque année. Or, dans bien des régions du monde, celles-ci sont déjà reparties à la hausse. Et les infrastructures carbonifères (centrales thermiques, aéroports, véhicules routiers, logements énergivores) sont encore là pour longtemps. Hors la décarbonation réelle de nos activités, point de salut climatique.