Zinzin: leur argent ne financera pas la transition énergétique

Le 08 février 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Des lignes directrices qui ripolinent d'anciennes pratiques.
Des lignes directrices qui ripolinent d'anciennes pratiques.

Les investisseurs institutionnels (zinzin) ne veulent plus investir à n’importe quel prix, environnemental ou social, dans les projets énergétiques. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils vont concourir à la décarbonisation du système énergétique mondial.

C’est une légende. Les entreprises cotées en bourse ne sont pas soumises à la tyrannie des marchés. Pour preuve, leurs dirigeants réfléchissent à des sujets autres que les résultats trimestriels. Pour preuve: les derniers travaux publiés par l’Orse. En milieu de semaine, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises a ainsi publié ses «lignes directrices pour les services financiers dans le secteur de l’énergie». En clair, ce club des principaux investisseurs français (banques, assurances, entreprises du CAC 40) dévoile les bonnes pratiques en matière d’investissement énergétique.

Quelques banalités agrémentent ce White Paper, comme on dit en jargon de la finance: «L’énergie est importante dans l’économie mondiale», «la production d’électricité nécessitera un mix énergétique qui différera selon les pays». C’est aux Etats de fixer la réglementation et aux clients de définir leur politique d’investissement. Le secteur de l’énergie «a de fortes impacts environnementaux et sociaux».

Avec un tel démarrage, on imagine combien il sera difficile pour les investisseurs «d’agir dans le sens d’une transition vers une économie moins carbonée et une meilleure efficacité énergétique». Et tel est bien le cas. Tant et si bien que l’Orse ne déconseille aucun type d’investissement énergétique. Les centrales au charbon? Pas de problème, à condition que leur rendement soit supérieur à 38% et qu’elles soient conçues pour recevoir une installation de captage de CO2. C’est pratiquement l’offre de base des principaux fournisseurs de centrales thermiques.

Parce que «la production de pétrole et de gaz est indispensable à l’économie mondiale», les investisseurs sont priés de ne pas rechigner. En respectant, bien sûr, quelques conditions: respect des législations (c’est bien le moins!) et de quelques conventions peu ou pas contraignantes, comme le partenariat mondial pour la réduction des gaz torchés ou l’initiative pour la transparence dans les industries extractives.

Un commentaire que l’on peut aussi appliquer aux projets de grands barrages.

L’énergie nucléaire est à prendre avec circonspection. Cette industrie, nous rappelle l’Orse, «présente un certain nombre d’éléments de complexité majeurs qui méritent une attention particulière». Raison pour laquelle les investisseurs devront faire respecter à leurs clients toutes les règles de sûreté de l’AIEA, le traité de non-prolifération, le traité Euratom, etc.

Pour réduire les risques, l’Orse recommande de financer des réacteurs de technologie déjà exploitée ou autorisée à grande échelle. Ce qui, actuellement, pourrait assécher les financements des prochains EPR, AP1000 et autres concurrents chinois ou japonais. Il est peu recommandable aussi de financer une centrale nucléaire dans un pays dépourvu d’autorité de sûreté ou n’ayant pas de compétence atomique. L’opérateur pressenti ne doit pas non plus en être à son coup d’essai et doit avoir d’importantes ressources financières. Ce qui pourrait disqualifier les projets nucléaires polonais, vietnamiens, qataris ou saoudiens. Au hasard.

Un détail, l’hydraulique mise à part, les énergies renouvelables ne font l’objet d’aucune «ligne directrice». Les membres de l’Orse peuvent ne pas se poser de question quand ils seront invités à investir dans la valorisation de la biomasse ou les agrocarburants.

Le Crédit agricole est probablement l’une des premières banques à avoir intégré des lignes directrices dans sa politique d’investissement énergétique. Lesquelles sont un peu plus restrictives que celles de l’Orse. «Compte tenu des niveaux d’incertitude entourant les conséquences environnementales et sociales de projets à ciel ouvert de sables bitumineux», la banque ne souhaite pasy mettre de l’argent. Tout comme dans l’exploitation du pétrole offshore «localisé dans l’Arctique».

Pour ce qui est des gaz de schiste, la banque verte se veut très prudente. Sa liste des critères d’exclusion est impressionnante. Un seul devrait suffire: la «non-communication des additifs chimiques utilisés pour la fracturation hydraulique». L’histoire récente montre pourtant que Credit Agricole Corporate & Investment Bank a conseillé Reliance Industries dans son achat de gisements de gaz de schiste, en Pennsylvanie, en 2010.

Se présentant comme un défenseur du climat, Crédit agricole se réserve pourtant le droit de financer des centrales au charbon, à condition qu’elles soient supercritiques, qu’elles pratiquent la co-combustion (avec de la biomasse), qu’elles capte le CO2 ou que leur puissance soit, dans un pays émergent, inférieure à 500 mégawatts. Pas vraiment restrictif.

Pour les renouvelables, CA ne s’impose pas trop de contrainte: «Le financement des énergies renouvelables fait ainsi partie intégrante de la stratégie de la ligne métier des Financements de projets qui a financé au total, fin 2011, 226 fermes éoliennes totalisant 10.000 MW et 21 centrales solaires totalisant 850 MW de capacité installée. La part de ces financements dans les projets de production d’électricité a constamment progressé durant les dernières années et a atteint plus de 50% du nombre de ces transactions en 2011.»

Tout cela est bel et bon, à quelques détails près. Comme le rappelle fort opportunément Yann Louvel, des Amis de la terre, ces engagements ne concernent que Crédit agricole CIB, la banque de financement et d’investissement du Crédit agricole. Amundi, la filiale de gestion d’actifs du CA (dont Société générale possède le quart du capital), peut investir comme bon lui chante. Second bémol, les lignes directrices s’appliquent à des projets précis, mais en aucun cas à des prêts généraux, ni à l’émission ou la gestion d’obligations.



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