Zika: des moustiquaires aux insecticides pour les Antilles

Le 29 février 2016 par Romain Loury
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7.600 cas en Martinique
7.600 cas en Martinique
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Les moustiquaires imprégnées de deltaméthrine vont être mises à disposition de la population antillaise, en raison de l’épidémie de Zika, selon un arrêté publié samedi 27 février au Journal officiel. Très toxique pour la faune aquatique, ce neurotoxique fait l’objet d’une autorisation dérogatoire, pour une durée de 180 jours.

Avec respectivement 1.030 et 7.600 cas cliniquement évocateurs, la Guyane et la Martinique connaissent actuellement une épidémie de Zika, tandis que la Guadeloupe et Saint-Martin sont au stade de la «circulation virale autochtone débutante», indique l’Institut de veille sanitaire (InVS) dans son point au jeudi 25 février.

Transmise par les moustiques, la maladie est généralement sans gravité, mais pourrait engendrer des microcéphalies chez les nouveau-nés. A ce jour, c’est le Brésil qui est le plus touché, et le Zika y est considéré comme une urgence de santé publique.

Afin d’enrayer l’épidémie dans les départements français d’Amérique (DFA), les ministères de l’environnement et de la santé ont autorisé l’usage de moustiquaires imprégnées de deltaméthrine, insecticide ciblant les moustiques adultes («adulticide»). Une décision prise sur recommandation du Haut conseil de la santé publique (HCSP) et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Si ces avis ont été nécessaires, c’est que les moustiquaires imprégnées de deltaméthrine ne disposent pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France. Dès lors, leur usage ne peut être autorisé que par dérogation. Ces produits ont déjà été autorisés en Guyane lors d’une précédente épidémie, celle de chikungunya, dont les premiers cas sont apparus fin 2013.

Un produit neurotoxique

Dans son avis publié vendredi 26 février, l’Anses se montre favorable à l’utilisation de ces moustiquaires, mais sous conditions: «pour les nouveaux nés et les enfants en bas âge, la moustiquaire [doit être] fixée autour du lit de façon à ce qu’elle soit difficilement accessible pour l’enfant, afin d’éviter la mise à la bouche».

Neurotoxique par voir subaigüe ou subchronique, le produit pourrait, au cas où la moustiquaire serait à portée du bébé, conduire à un dépassement du niveau d’exposition acceptable (0,0075 mg/kg de poids corporel/jour), de 5% pour les nourrissons (d’un mois à un an) mais de 219% pour les nouveau-nés (de 0 à 1 mois), calcule l’Anses. Et ce en tenant compte du contact cutané avec la moustiquaire, du contact main bouche et de la mise de la moustiquaire à la bouche.

Du fait de la très forte toxicité de la deltaméthrine pour les organismes aquatiques, l’agence recommande par ailleurs de «fortement limiter le lavage des moustiquaires». En l’absence de données sur l’efficacité et la sécurité, elle ne conseille pas de procéder à la ré-imprégnation de ces moustiquaires avec de la deltaméthrine.

Les moustiques antillais sont résistants

Problème, nombre de moustiques antillais sont résistants à la deltaméthrine, raison pour laquelle «il est indispensable de trouver des molécules alternatives (…) pour les usages de lutte antivectorielle par adulticides», estime l’Anses dans un autre avis publié le même jour.

Le problème se poserait moins pour les moustiquaires, qui gardent une efficacité même en cas de résistance: «d’une part la barrière physique empêchera le moustique vecteur de piquer, et d’autre part si le moustique résistant est moins sensible à l’effet insecticide, il aura tendance à rester plus longtemps en contact avec la toile imprégnée, ce qui entraînera au final une mortalité plus importante», indique l’agence.

Dans son avis publié fin janvier, le HCSP préconise également l’emploi de moustiquaires imprégnées d’autres pyréthrinoïdes, dont la perméthrine et l’alpha-cyperméthrine, pleinement autorisées en France. La deltaméthrine peut également être pulvérisé au domicile des personnes atteintes par le Zika : son efficacité en intérieur est de 75%, mais chute à 10% en extérieur.

Quant au malathion, classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) en mars 2015, le HCSP ne recommande pas son usage, qui serait également dérogatoire, en l’état de l’épidémie. «Cette position pourrait être reconsidérée selon l’évolution de la situation épidémique dans chaque département et territoire français d’Amérique et en fonction des résultats des études menées», explique-t-il.

Le malathion a été autorisé en Guyane pour lutter contre le chikungunya, pour une durée de 180 jours à partir de novembre 2014. Suite à l’avis du Circ, les autorités locales ont annoncé fin mars 2015 y mettre fin, mais à regret.



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