« Zéro carbone » en 2050: la France et l’UE encore loin du compte

Le 25 novembre 2010 par Sabine Casalonga
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Le bonus-malus est le seul exemple français cité dans le rapport
Le bonus-malus est le seul exemple français cité dans le rapport

Un tiers seulement des actions nécessaires à l’atteinte d’une économie faible en carbone d’ici 2050 a été mis en œuvre dans l’UE, selon un rapport publié hier par le WWF et Ecofys. Notée « E » (sur une échelle de A à G), la France pâtit d’un manque de soutien aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, en dépit de résultats positifs en termes d’émissions automobiles grâce au bonus/malus.

 

Les pays de l’UE doivent tripler en moyenne leurs efforts  pour favoriser l’émergence d’une économie « zéro carbone » à l’horizon 2050 (en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre -GES- de 80-95 %). Tel est le principal enseignement du rapport « Climate Policy Tracker for the European Union » élaboré par le WWF et Ecofys, accessible sur un site internet interactif.

Basée sur 85 indicateurs, cette étude a évalué l’impact et l’efficacité des politiques climatiques de chaque Etat membre dans tous les secteurs de l’économie. La plupart des indicateurs mesurent l’impact attendu de la réglementation actuelle (et la suppression des mesures contre-productives), d’autres évaluent les progrès réalisés dans le passé ou la stratégie à long terme. Présentés sur une échelle de A (excellent) à G (faible), les résultats pour chaque pays ont été comparés à une vision prospective ambitieuse d’un futur « bas carbone » (100 % d’ENR d’ici 2050, vaste application des bâtiments « zéro énergie », 100 % de produits recyclables, etc.). Et cela, sans tenir compte des niveaux d’émission de chaque pays.

Bilan des courses: tous les pays doivent accélérer leurs efforts. Même les 4 pays (Allemagne, Irlande, Suède et Danemark) les mieux notés (« D ») doivent doubler leurs actions. Une majorité de pays sont classés « E » à l’instar de la France, l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Enfin 8 moins bons élèves[1] ont obtenu la note « F ».

L’Irlande et le Royaume-Uni arrivent en tête pour la stratégie sur le climat à long terme (« B » contre « F » pour l’UE-27). L’Allemagne est incontestablement le meilleur élève de l’UE. Elle obtient la meilleure note pour la fourniture en ENR (avec le Danemark), mais aussi pour le soutien aux ENR dans les bâtiments (avec la République tchèque et le Danemark) et les transports (avec l’Autriche), pour l’efficacité énergétique dans les bâtiments et pour les règles destinées à l’industrie. A titre de comparaison, la France obtient une seule meilleure note dans le domaine de l’efficacité énergétique des transports (« C » contre « F » pour l’UE-27).

Une note encourageante toutefois dans ce sombre tableau. « Un pays qui suit l’exemple du meilleur résultat respectivement dans chaque domaine de politique atteindra systématiquement 2/3 de l’effort requis (note « C ») », souligne le rapport. Des bons exemples sont ainsi répertoriés pour chaque pays comme les tarifs d’achat allemands de l’électricité issue des ENR, la taxe carbone suédoise ou encore la diminution des taxes belges sur les investissements dans les mesures d’efficacité énergétique.

 « Les Etats membres doivent passer en revue la totalité de leurs politiques pour pallier ces faiblesses. Ils doivent aussi s’engager à améliorer la mise en oeuvre des politiques européennes, puisque 40 % des résultats reposent sur la législation européenne », explique Sam Van den Plas, chargé de programme Energie et climat au bureau politique européen du WWF.

L’efficacité énergétique est le domaine où les Etats membres devront le plus progresser. Le rapport préconise un renforcement du paquet Energie-climat, la création de nouvelles règles (réutilisation des matériaux, ENR dans l’industrie manufacturière, etc.), ainsi qu’un soutien aux nouveaux Etats membres, plus en difficulté.

Concernant notre pays, le rapport estime que les mesures et réglementations « ne sont pas suffisamment ambitieuses pour positionner la France en tant qu’économie sobre en carbone ». Grâce à son système de bonus/malus et à des émissions parmi les plus basses de l’UE pour les nouvelles voitures (131 gCO2/km), la France se place comparativement bien dans le domaine du transport (hormis en termes de limitation du trafic). Idem pour sa bonne gestion des forêts. En revanche, « les incitations à l’utilisation des énergies renouvelables ou à l’efficacité énergétique dans le secteur industriel sont très limitées ». Sont pointés du doigt les baisses successives de tarif d’achat pour l’énergie solaire en 2010, l’ajout de contraintes pour l’éolien dans la loi Grenelle II, l’abandon des soutiens sur la grande cogénération, des incitations limitées pour plus d’efficacité dans l’industrie. Sans compter l’absence de volonté politique pour modifier  la part prépondérante du nucléaire (80 % de l’électricité produite).

Pour les auteurs du rapport, la loi Grenelle II « ne constitue pas une stratégie complète de long terme » pour parvenir à l’objectif de réduction des émissions d’un facteur 4 en 2050 fixé par la loi Grenelle I.

Heureux hasard ? Le Parlement européen a adopté ce jeudi 25 novembre, à une large majorité, une résolution qui place l’efficacité énergétique en tête des priorités stratégie énergétique de l'Europe pour la période 2011-2020. L’introduction d’objectifs individuels pour les Etats membres visant à réaliser des économies d'énergie globale d'au moins 20% au niveau de l'UE est évoquée. La résolution réitère l'appel pour que 50% des foyers soient équipés de compteurs intelligents d'ici 2015 et 80% des consommateurs de systèmes de comptage intelligents d'ici 2020.

 

 



[1] Belgique, Chypre, Finlande, Luxembourg, Grèce, Malte, Pologne, Roumanie



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