Yannick Jadot: «Je me sens écologiste avant d’être de gauche»

Le 19 décembre 2016 par Marine Jobert
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Yannick Jadot, futur non-président de la République.
Yannick Jadot, futur non-président de la République.

En plein pic de pollution à Paris, Le Journal de l’Environnement a rencontré Yannick Jadot, gagnant de la primaire des écologistes et candidat Europe Ecologie-Les Verts (EELV) à l’élection présidentielle de mai 2017. Quand il dit «si je suis candidat à l’élection présidentielle», on entend l’excitation de celui qui aime convaincre sur des sujets qui l’habitent mais qui sourit intérieurement du compassé de la posture.

JDLE – L’air pollué. Les pesticides dans l’eau et l’alimentation. Les perturbateurs endocriniens. Le changement climatique. Avez-vous l’impression que ces sujets intéressent la population?

Yannick Jadot - Ces questions montent dans la population. Mais si l’attente vis-à-vis de la politique reste forte, elle est profondément biaisée par le fait que cela fait trop longtemps que les politiques ne répondent plus aux problèmes des gens. Ceux-ci sont habitués à être déçus par les dirigeants politiques. Or ces sujets nous imposent de repenser le fonctionnement de la société, nos modes de production et de consommation, nos habitudes, et évidemment de percuter un certain nombre de rentes économiques. Mais ça, les dirigeants ne veulent pas l’assumer.

 

JDLE - Et cela ne pourrait pas se traduire dans les urnes?

Yannick Jadot - Je suis là pour ça… Regardez à quel point on est en régression sur la question de la prise en compte environnementale par rapport à il y a quelques années. On a eu le cycle 2005-2007, puis Copenhague, où l’alerte environnementale passe de la préoccupation citoyenne au débat politique, avec Al Gore, le pacte écologique de Hulot en passant par le Grenelle de l’environnement. On entre alors dans le débat sur les solutions. C’est un débat très édulcoré sur le diagnostic, certes, mais un premier débat sur les solutions. Le critère de départ, c’était que les solutions soient consensuelles: faire des renouvelables, sans remettre en cause le nucléaire, faire du bio mais sans remettre en cause l’agriculture conventionnelle, faire du tri sans remettre en cause l’incinération, etc. Mais on avait changé de cycle.

Maintenant, Les Républicains sont en train de devenir un parti anti-écolo, avec un Fillon qui veut supprimer le principe de précaution de la Constitution. Ce principe n’a rien empêché, mais l’enlever, c’est vouloir nier ce qu’il implique comme recherche scientifique et action politique. Qu’on ose dire ça, après l’amiante, le Mediator, les perturbateurs endocriniens, le diesel…! On est entré dans un moment de contre-révolution, où une partie de la réponse politique -«je ne veux pas mener ces transformations, donc je nie l’impératif qu’il y a derrière»- se confronte à la réalité citoyenne –les gens savent– et aux évolutions extraordinaires de la science et de la société. Ce monde qui se construit va nous submerger.

 

JDLE – Quel est l’intérêt d’une candidature écolo?

Yannick Jadot - L’écologie politique a déçu, à l’échelle nationale. Mon objectif, c’est de montrer qu’en termes de politique publique, il existe une réponse aux préoccupations, aux inquiétudes, aux peurs, qui ne représente pas une contrainte, mais une opportunité. Une réponse qui crée des emplois, qui fait du bien à notre santé. Et pour cela, je compte m’appuyer sur tout ce qui va bien dans la société: une ville avec moins de bagnoles, c’est une ville où on est plus heureux, à partir du moment où il y a aussi une réponse en termes de transports collectifs. Une société construite sur les énergies renouvelables, c’est la relocalisation de l’économie, c’est plus d’emplois que les vieilles énergies sales, donc plus de service public, plus de culture, plus de démocratie. C’est ça mon pari.

 

JDLE – 7 mai 2017. Vous êtes élu président de la République. Quelles sont vos trois premières mesures?

Yannick Jadot - La France 100% renouvelable. Dans chaque quartier ou village, sous deux-trois ans, un projet d’énergie solaire, construit dans le cadre d’un débat citoyen public local autour de la transition énergétique. C’est une mesure emblématique. Je me bats à l’échelle européenne pour qu’il y ait un plan d’investissement, que j’ai évalué à 600 milliards d’euros par an (dont 70 milliards pour la France), mis en place par la Banque européenne d’investissement, soutenu par la Banque centrale européenne (BCE). L’objectif, c’est la transition énergétique: efficacité énergétique, suppressions des grille-pain qui servent de chauffage, énergies renouvelables. Derrière, il y a la question du numérique, pour ne plus être une colonie américaine –et demain chinoise- du numérique. C’est un enjeu de développement économique et de souveraineté. Ce sont aussi les questions de la mobilité, de la santé, dans une Europe qui évolue à cause du vieillissement, avec des zones désertées par le personnel médical et la difficulté de remplacer les médecins qui partent à la retraite.

 

Mon deuxième train de mesures concerne la reconstruction démocratique. On sort du président monarque pour entrer dans une démocratie parlementaire, avec la proportionnelle. Avec de nouveaux outils à l’échelle locale, des assemblées de consensus, des citoyens tirés au sort et l’organisation de votations citoyennes. Il faut redonner le pouvoir aux citoyens, qui doivent contrôler l’Etat, au lieu que ce soit l’inverse.

 

Mon troisième projet, c’est d’engager la réforme fiscale, notamment avec un transfert de 5 points du PIB de la fiscalité travail vers la fiscalité écologique. Le travail est un bien très taxé en France, mais un des pays qui fiscalise le moins, à l’échelle européenne, les questions environnementales. Le dernier rapport de la Cour des comptes montre qu’on finance plutôt ce qui nous fait du mal que l’inverse. L’exemple de l’économie circulaire est intéressant. Les Suédois sont en train d’adopter une loi pour une TVA plus faible sur les objets réparables, récupérables, par rapport ceux qui sont frappés d’obsolescence programmée. Et vous toucherez un crédit d’impôt de 50% des coûts de la main d’œuvre liés à la réparation. Idem pour la niche fiscale de 6 à 7 milliards pour le diesel. Ce n’est pas une fiscalité en plus, macro-économiquement: c’est un déplacement de fiscalité.

 

JDLE – Est-il cohérent d’adopter les mêmes codes que tous les autres candidats?

Yannick Jadot - Je suis candidat, mais j’ai dit dès le début de la campagne des primaires que je pensais que je ne serais pas élu. Je n’adopte donc pas les mêmes codes, puisque tous disent qu’ils sont certains d’être élus.

 

JDLE - Vous êtes peut-être plus lucide…

Yannick Jadot - Oui, mais ce n’est déjà pas les mêmes codes. On est les seuls à dire à quel point il est urgent de sortir du diesel, du nucléaire et du pétrole, et qu’il faut se battre contre les perturbateurs endocriniens. Mais pour être en mesure d’opérer ces transformations profondes, il faut nécessairement l’adhésion des citoyens. Je crois à l’intelligence collective. Aujourd’hui les gens ont l’impression que dès qu’on leur demande de bouger, ce sera pire qu’avant. Alors forcément…

 

JDLE – Jean-Luc Mélenchon fait une campagne très axée sur l’écologie, qui semble plaire. Noël Mamère estime que l’ancien sénateur socialiste avait «très bien intégré la dimension écologique». Qu’est-ce qui vous sépare de lui?

Yannick Jadot - Plein de choses! Pour moi l’écologie, ce n’est pas simplement la protection de l’environnement, mais aussi la question démocratique et la manière dont on met en place les réponses écologiques. Je ne veux pas gagner ma place dans les institutions, mais construire des majorités culturelles autour de l’écologie. Il faut créer de l’adhésion à nos idées, ne pas être contre les autres. Et Jean-Luc [Mélenchon] est contre les autres. Il se construit contre l’oligarchie, contre l’Europe.

 

JDLE - Son discours sur l’écologie perce néanmoins…

Yannick Jadot - Je sais. Il est arrivé à un moment où l’écologie n’existait plus ou peu, ou bien elle était mal perçue. Pour ma part, tout en ayant des valeurs de gauche, je me sens écologiste avant d’être de gauche. Je ne pense pas que des solutions écologistes passeront par du nationalisme et de l’étatisme. Ça, c’est la cogestion avec le nucléaire, la Fnsea, les firmes pharmaceutiques, etc. Cependant, j’entends sa conviction écolo… Ce que cela démontre c’est que, s’il n’y a pas d’écologiste dans la campagne électorale, il n’y a pas d’écologie. Ce gouvernement –et d’autres- reprennent les discours, mais in fine, ils ne posent pas les actes qui vont avec.

 

JDLE – Y a-t-il quelque chose de ‘séduisant’ dans l’idée de sortir du Tafta ou de relocaliser l’industrie manufacturière, comme Trump le promet aux Américains? Dans une perspective écologiste, ne vaut-il pas mieux arrêter de commercer avec l’autre bout de la planète?

Yannick Jadot - Ce n’est pas ça que veut Trump. Trump veut que les intérêts économiques américains priment partout. Il veut relocaliser sur le gaz de schiste, le pétrole et la sidérurgie des années 1970. Ce ne peut pas être ça le monde de demain. Mon sujet, c’est la régulation publique de la mondialisation pour que les droits humains, sociaux et de l’environnement priment sur la liberté du commerce et de l’investissement. Marine Le Pen utilise les mêmes mots que nous dans le combat contre le Tafta. Elle a raison, mais pas avec la même vision de la société, puisqu’elle cherche à répondre à un besoin de collectif, d’appartenance et d’ancrage territorial par des cartes postales sépia, quand le monde était blanc, quand le mâle était dominant, quand l’immigré baissait la tête et l’homosexualité se cachait. C’est une forme d’image suprématiste, d’hégémonie dans le monde, de repli et de détestation de l’autre. Mon but, c’est de remplacer la mondialisation libérale par la régulation du commerce pour le rendre compatible avec la planète et, en même temps, de répondre au besoin de relocalisation, qui est un besoin profond de l’être humain. La société ouverte doit atterrir. Car ces privilégiés qui prennent l’avion et voyagent numériquement via internet avec des amis de l’autre bout du monde sont perçus par la partie la plus bousculée de la population comme une classe privilégiée, qui s’est construite chez nous sur l’exclusion des classes populaires, et ailleurs sur l’exploitation des classes populaires. Le chemin inverse de ce nomadisme, ce sont les réfugiés et les invasions potentielles. Cette société ouverte doit remettre les pieds sur terre.

 

JDLE – Vous retirerez-vous si le second tour penche vers un duel Fillon-Front national?

Yannick Jadot - Non. Je ne retirerai pas ma candidature. La politique se structure par défaut. Jouer le moins, ça a vécu. C’est la stratégie Clinton, du combat contre le Brexit, ça ne marche plus. Il faut remobiliser les abstentionnistes, tous ceux qui sont dégoûtés de la politique ou prêts à voter pour des programmes ignominieux ou des nostalgies régressives. Je ne veux pas être le candidat de la fin du monde, de la catastrophe, mais de ceux qui construisent aujourd’hui le monde de demain.

 

 



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