Xynthia: le procès s’ouvre en Vendée, où le risque reste occulté

Le 15 septembre 2014 par Stéphanie Senet
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3 ans et demi après la tempête, le procès s'ouvre en Vendée
3 ans et demi après la tempête, le procès s'ouvre en Vendée

Trois ans et demi après la tempête Xynthia, qui a causé la mort de 53 personnes dont 29 à la Faute-sur-Mer (Vendée), le procès s’ouvre ce 15 septembre au tribunal correctionnel des Sables d’Olonne en présence d’une centaine de parties civiles.

A la barre, René Marratier, l’ancien maire de la Faute-sur-Mer, est poursuivi pour «homicides involontaires aggravés» et «mise en danger de la vie d’autrui». Il encourt 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende pour avoir largement sous-estimé le risque de submersion rapide ainsi que le risque d’inondation fluviale (La Faute-sur-Mer est bordée par l’estuaire du Lay), ne pas avoir sensibilisé les habitants et avoir délivré de façon illégale des permis de construire en zone inondable. C’est aussi le cas de Françoise Babin, son ancienne première adjointe, aussi présidente de la commission d’urbanisme, de son fils Philippe Babin, agent immobilier et président de l’association syndicale des marais de la Faute, et de Patrick Maslin, conseiller municipal, qui dirigeait deux entreprises de construction des logements inondés. Enfin, Patrick Jacobsoone, l’ancien directeur départemental adjoint des territoires et de la mer, n’est poursuivi que pour «homicides involontaires aggravés».

Pendant 5 semaines, les magistrats du tribunal correctionnel des Sables d’Olonne écouteront d’anciens responsables, des experts, les prévenus et les nombreuses parties civiles. Pour rappel, le bilan de Xynthia sur la seule commune de la Faute-sur-Mer est lourd: 29 morts, 47 blessés légers, 767 personnes évacuées et 33 hospitalisées. Sur le plan matériel, 75 kilomètres de digues ont été endommagés, 160 exploitations agricoles inondées et 525 unités foncières décrétées inconstructibles. Xynthia a coûté plus d'un milliard d’euros aux compagnies d’assurance et 487 M€ de dépenses publiques.

 

«Un déni complet du risque»

«Nous avons observé un déni complet du risque d’inondation dans cette zone de lotissements, construits entre le début des années 1990 et le début des années 2000», raconte Yves Le Quellec, président de l’association Vendée Nature Environnement. «Pourtant, les alertes n’ont pas manqué, de la part des associations de défense du littoral comme du préfet de Vendée qui a souligné, dès 2001, le réel danger constitué dans la zone de l’estuaire du Lay. Face à l’obstruction systématique menée par les collectivités locales, et en particulier du maire de la Faute-sur-Mer, le préfet a dû imposer en 2007 la mise en place d’un plan de prévention des risques d’inondation (PPRI). Le problème, c’est que l’ampleur du risque, via le niveau marin de référence, a été complètement occultée dans ce document. Il ne tablait que sur 2,90 mètres. Il a fallu attendre sa version révisée, en 2012, pour que le risque soit élargi à 5,30 m», ajoute-t-il. Sans surprise, la zone pavillonnaire inondée à la Faute-sur-Mer se trouvait au-dessous de ces niveaux de référence.

Le procès devra établir clairement les responsabilités, alors que chacun se renvoie la balle depuis la tempête. «Les nombreuses parties civiles, qui ont perdu des proches ou subi de lourds dégâts matériels, ont besoin de comprendre pourquoi cette catastrophe s’est produite», rappelle le représentant de Vendée Nature Environnement.

 

Le scénario peut se répéter demain

Autre effet attendu du procès: montrer que la situation reste très risquée en Vendée. «La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon-sur-Mer mises à part, on se trouve dans le même schéma qu’avant Xynthia pour le reste du département», alerte Yves Le Quellec. Soit 185 communes exposées au risque inondation, et des arrêtés de prescription de la préfecture. Mais toujours pas de PPRI défini. «Là encore, les collectivités locales font de l’obstruction, et en particulier la communauté de communes de Noirmoutier, deuxième zone la plus à risque du département avec les deux tiers de cette île basse à côtes sableuses constitués de cordons dunaires», précise le défenseur de l’environnement. Tous les éléments de contexte de la tempête Xynthia sont réunis: un risque majeur, sous-estimé par des collectivités locales, qui contestent et cherchent à négocier «l’évaluation de l’aléa» faite par les services de l’Etat. Le jugement est attendu le 12 décembre.

 

 

 



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