Wikileaks : quand Japon et USA négociaient sur le dos des baleines

Le 07 janvier 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les militants de Sea Shepherd en action.
Les militants de Sea Shepherd en action.

Des télégrammes diplomatiques, diffusés par Wikileaks et mis à jour par El Pais et The Guardian, indiquent que diplomates américains et japonais ont tenté de négocier un arrangement pour trouver un accord lors de la dernière session de la CBI. Un accord qui aurait pu être conclu au détriment d’une association anti-baleiniers.


Que n’aura-t-on appris grâce aux fuites de Wikileaks ? A dire vrai, peu de choses que les observateurs des relations internationales ne supputaient déjà. Du moins jusqu’à présent.


Fallait-il vraiment que soient mises en ligne ces 251.287 notes diplomatiques US pour savoir que les ambassadeurs américains reçoivent hommes et femmes politiques de tous pays, que des potentats africains ont financé des campagnes électorales en France, que les Britanniques respectent moins le prince Charles que la reine Elizabeth II , ou que les gouvernements des pays arabes du Golfe ne portent pas dans leur cœur les membres de l’exécutif iranien ? Probablement pas.


Détail qui témoigne du peu d’intérêt accordé aux questions environnementales par les diplomates : rares sont les dépêches diplomatiques à traiter de ces questions. Jusqu’à présent, seule une vingtaine de notes ont été mises à jour.

Et la plupart concernent les négociations climatiques. En piochant bien, on apprend ainsi que les Etats-Unis ont fait pression sur des pays en développement pour qu’ils acceptent l’accord de Copenhague. Faute de quoi adieu aides financières et techniques. Une menace d’ailleurs réitérée dans nos colonnes par Todd Stern, l’envoyé spécial du président Obama pour le changement climatique.


Dans la même veine, les diplomates US ne résistent pas au plaisir d’expliquer à leurs supérieurs à quel prix les Maldives ou le Vatican monnaient leur soutien au même processus de Copenhague.


S’ils peuvent sembler contraires à la morale, ces marchandages sont monnaie courante dans les négociations internationales. Et l’urgence climatique ne change rien, pour le moment, aux intérêts commerciaux ou politiques des uns et des autres.


Ce vendredi 7 janvier, nos confrères du Guardian et d’ El Pais ont déniché une série de petites perles. Des perles baleinières, si l’on peut dire. L’histoire se situe dans les mois et les semaines précédant la 62 e réunion plénière de la Commission baleinière internationale de l’année passée ; un moment durant lequel les délégués de 88 pays devaient décider du sort des plus grands des cétacés.


Dans une série de 4 câbles, les diplomates américains indiquent au secrétariat d’Etat que leurs homologues japonais ne sont pas fermés à lanégociation. Dans un premier temps, ces derniers ne sont pas opposés à l’idée, soufflée par Washington, de faire pression sur l’Islande pour que ce pays chasseur de baleine accepte de réduire ses prises.


Mais les Nippons ne travailleront pas pour rien. Ils exigent, en retour, du gouvernement américain qu’il mette des bâtons dans les hélices du cauchemar des baleiniers japonais : la Sea Shepherd Conservation Society (SSCS).


Fondée par le charismatique Paul Watson, l’un des créateurs de Greenpeace, la SCCS arme plusieurs bateaux noirs. Chaque année, leurs équipages harassent, et parfois éperonnent, les chalutiers pirates et les navires baleiniers, notamment japonais. Des plongeurs proches de l’organisation écologique pourraient ne pas être tout à fait étrangers aux naufrages « accidentels » des derniers baleiniers espagnols et norvégiens.


L’argument du directeur général des pêches japonaises est clair : « Le harcèlement de la flotte baleinière nippone pourrait réduire le support politique du Japon à un accord dans le cadre de la CBI. » Et ce, pour une raison simple, explique-t-il : l’action des navires battant le pavillon pirate « a empêché, ces dernières années, les baleiniers japonais de chasser autant de baleines que leurs quotas le leur permettaient ».


Le haut fonctionnaire suggère même aux diplomates US d’engager un contrôle fiscal de l’organisation environnementale.


Washington ne donnera pas satisfaction à ses interlocuteurs. Est-ce pour cela que les négociations de la dernière réunion de la CBI ont finalement capoté ? L’histoire et Wikileaks ne le disent pas encore.


En revanche, sur le site de son organisation, Paul Watson se réjouit que ses ennemis préférés ne puissent pas harponner autant de baleines qu’ils le souhaitent. Le tout, au nom de la « chasse scientifique ».



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