Wauquiez à la pêche aux voix

Le 06 février 2017 par Marine Jobert
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S'emmêler dans les branches, à la pêche à la ligne.
S'emmêler dans les branches, à la pêche à la ligne.
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Après avoir favorisé les chasseurs, l’exécutif régional devrait voter une enveloppe de 3 millions d’euros pour accompagner l’action des pêcheurs, au grand dam des associations de protection de la nature.

Après les chasseurs, Laurent Wauquiez cajole les pêcheurs. L’assemblée générale du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes devrait adopter, le 9 février prochain, les grandes lignes d’un partenariat d’un montant de 3 M€ au profit de l’Association régionale des fédérations de pêche et de protection des milieux aquatiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Arpara) et les 12 fédérations départementales de pêche. Objectifs affichés: financer leurs actions en matière de préservation de la biodiversité (suivi des peuplements, trames vertes et bleues, habitats et biodiversité) et d’éducation à l’environnement, ainsi que la gestion de la pratique de la pêche de loisir.

1,4 M€ de fonctionnement

Trois axes seraient déclinés au sein de ce contrat d’objectif pluriannuel (COP), dont 1,4 M€ seraient consacrés au fonctionnement et 1,6 M€ à l’investissement: des actions d’amélioration de la connaissance des milieux aquatiques et des peuplements piscicoles; des investissements pour la valorisation et la restauration des milieux aquatiques (protection des frayères, hydro-morphologie, ripisylve, continuité écologique, etc.), ainsi que des aménagements pour la pratique de la pêche et l’accessibilité aux parcours; enfin, des opérations visant à communiquer et à vulgariser, auprès du grand public, les actions entreprises dans le cadre de ce partenariat.

20% des pêcheurs français

Dans son projet de délibération que Le journal de l’environnement a pu consulter, Laurent Wauquiez justifie ce choix par le poids économique de la pêche de loisir: la région compte 20% des pêcheurs français, ce qui génère une activité économique estimée à plus de 240 M€ par an. Et le président de la région insiste sur les missions accomplies par les pêcheurs «en faveur des habitats et des peuplements piscicoles, [qui] s’inscrivent pleinement dans les objectifs des schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE) pilotés par la Région». Et de conclure: «Ils participent ainsi au maintien d’une dynamique locale, source de cohésion mais aussi d’attractivité en milieux rural».

Sages fédérations

Les responsabilités déléguées aux chasseurs, propulsés gardiens de la ‘nature ordinaire’ à l’issue d’une généreuse délibération à 2.955.210 € en septembre 2016, avaient consterné les associations de protection de la nature, qui ferraillent souvent contre les amateurs de la gâchette. Les largesses consenties aux pêcheurs suscitent des réactions plus mesurées, mais au moins aussi douloureuses. Si Martin Arnould s’empresse de préciser que son association SOS-Loire Vivante «travaille bien avec les pêcheurs», il dénonce «une attitude très brutale et irrespectueuse» de la part de Laurent Wauquiez, «qui considère que les mouvements de protection de la nature ne sont pas dignes de toucher de l’argent public». Tout en reconnaissant que les organisations de chasseurs et de pêcheurs existent depuis bien plus longtemps que celles de la protection de la nature et «ont légitimité à exercer leurs prérogatives de gestion d’un loisir et de protection de la biodiversité», l’ex-spécialiste des rivières du WWF trace une ligne: «Leur mission n’est pas de contester les projets contestables. A Notre-Dame-des-Landes, ce ne sont pas les fédérations de chasse ou de pêche qui sont en première ligne.»

Couper les vivres aux associations

A la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature (Frapna), où les subventions du conseil régional fondent comme neige au soleil, on rit jaune. «Le conseil régional veut rééquilibrer les choses entre les acteurs? Alors il devrait nous donner 3 millions», ironise, amer, Eric Feraille. Le président de la Frapna rappelle qu’en 2018, Laurent Wauquiez devrait leur avoir coupé les vivres. «La chasse, ce sont 80 espèces. Et les milieux aquatiques, ce ne sont pas que des poissons. Cela laisse des pans entiers de la biodiversité sans personne pour s’en occuper, déplore-t-il. On en revient à la préhistoire de la protection de la nature.»

 



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