Volaille: l’acide peroxyacétique en 2015?

Le 11 mars 2015 par Romain Loury
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Un premier agent de rinçage pour la volaille
Un premier agent de rinçage pour la volaille
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Branle-bas de combat chez les associations: l’acide peroxyacétique, utilisé aux Etats-Unis afin de nettoyer les carcasses de volaille, pourrait être autorisé dès cette année dans l’Union européenne. En toile de fond, les négociations USA/UE en vue de l’accord commercial transatlantique (Tafta/TTIP).

La pilule avait déjà eu du mal à passer avec l’acide lactique, autorisé en janvier 2013 pour décontaminer la viande de bœuf. Utilisé en abattoir, cet agent chimique avait suscité l’opposition de plusieurs associations de consommateurs, qui craignaient qu’il soit utilisé comme substitut de toute autre précaution sanitaire (comme cela est souvent reproché aux abattoirs américains), plutôt qu’en ajout au système HACCP.

La même histoire est sur le point de se reproduire avec l’acide peroxyacétique (ou acide peracétique), cette fois-ci pour la viande de volaille. Très engagés sur le dossier, les Amis de la Terre affirment que «les responsables de l'UE pour la santé et l'alimentation ont déclaré hier, lors d'une rencontre des parties prenantes, qu'un nouveau produit de rinçage chimique antimicrobien devrait être autorisé cette année pour désinfecter les carcasses et la viande des volailles».

En 2009, les Etats-Unis avaient déposé un recours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en raison du refus des gouvernements européens d’autoriser les produits de rinçage, comme la Commission européenne le leur proposait. Car le fait pour l’UE de ne pas autoriser ces produits entraîne une fermeture des frontières à la viande traitée de cette manière, dont celle produite aux Etats-Unis.

Avis positif de l’Efsa

C’est suite à ce différend, et à l’approche des négociations sur l’accord Tafta/TTIP, que l’acide lactique a été autorisé en 2013. L’acide peroxyacétique devrait suivre le même chemin sans trop d’encombre. Fin mars 2014, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) lui accordait d’ailleurs un avis plutôt favorable.

Sans crainte particulière quant au risque sanitaire, elle émettait des doutes sur l’impact environnemental de l’un des composants de l’acide peroxyacétique, le seul à ne pas être biodégradable, le HEDP. Selon les calculs de l’autorité, cette molécule, toxique pour la faune aquatique, pourrait être retrouvée en forte quantité dans les eaux de surface, jusqu’à 32,5 fois la dose jugée sans risque. Autre danger, celui de l’émergence de bactéries résistantes au produit lui-même, mais aussi aux antibiotiques.

Pour les Amis de la Terre, «les pressions de l'agrobusiness et des responsables commerciaux états-uniens provoquent déjà des reculs sur les normes alimentaires de l'Union européenne. Il est à craindre que ces normes au rabais soient très probablement une des conditions nécessaires pour que les Etats-Unis signent cet accord commercial».

Outre-Atlantique, les pressions des producteurs de volailles sont fortes, en effet, pour faire tomber les barrières commerciales. En juin 2014, le National Chicken Council estimait que «le Tafta/TTIP ne pourrait être utile à notre industrie que si les négociations parvenaient à supprimer ces barrières sanitaires et phytosanitaires que l’Europe a mis en place depuis presque 18 ans».



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