Voir plus loin que le bout de son mandat pour adapter sa ville

Le 01 février 2008 par Victor Roux-Goeken
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ville changement climatique
ville changement climatique

Autre enjeu de la lutte contre le changement climatique, l’adaptation est souvent oubliée au profit de la réduction des émissions de GES. Face à la hausse des températures, les villes cumulent les handicaps. Elles sont pourtant les plus aptes à faire les bons choix en matière d’infrastructures, de gestion de l’eau, de verdissement des villes. Et certaines villes commencent à se démarquer.

Imaginons que le pire scénario du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) se réalise, soit une hausse de 6°C des températures moyennes en 2100. Les villes, trop minérales, pas assez ombragées, dotées de parcs immobiliers conçus pour consommer le moins de chauffage possible en hiver, mais accros à la climatisation l'été, deviennent de véritables fournaises, caniculaires et assoiffées, au moment où plus des trois quarts de l'humanité sont citadins. De son côté, la ville de Rennes s'est plutôt bien adaptée. Elle a changé de mode de gestion de l'eau, désormais faite quartier par quartier, a installé des «oasis climatiques», a modifié son habitat pour donner le maximum d'ombre, a planté des arbres, remplacé le bitume pour réduire les îlots de chaleur urbains (1).

Ces réalisations, pour l'instant, ne sont que pure science-fiction. Elles sont la conclusion d'une étude réalisée en 2006 par 4 étudiants de l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Bretagne (Ensab) de Rennes qui, depuis, ont fondé un collectif baptisé «… et alors?» (2). Cette prospective, très originale, très poussée et bien illustrée, est l'une des rares en la matière.

Peu de villes françaises réfléchissent réellement à la manière de s'adapter au changement climatique. Si le volet «réduction des émissions de gaz à effet de serre» a été intégré dans les plans Climat dont se sont doté la plupart des grandes villes et collectivités, celles-ci peinent encore dans ce qui constitue le deuxième volet de la lutte contre le changement climatique, – qui est aussi essentiel que le premier puisque, quelle que soit l'importance de leur variation, les températures augmenteront.



«Le sujet émerge dans quelques grandes villes, note Gilles Pennequin, haut fonctionnaire au développement durable de la Délégation interministérielle à l'aménagement et la compétitivité des territoires (Diact). Le grand Lyon, Grenoble, Rennes ont une vraie réflexion sur l'adaptation. Nice, un début. Mais la difficulté du thème réside dans l'absence d'anticipation. Quand on parle de 2050-2100, cela paraît loin. Les temporalités longues n'existent pas dans l'économie ou en politique. Et l'absence de spécialistes, d'études et l'incertitude sur les conséquences ne facilitent pas la tâche.»

La Mission interministérielle de l'effet de serre (MIES) a compilé les plans Climat territoriaux de 21 collectivités. 16 d'entre elles y mentionnent l'adaptation. Les actions en sa faveur vont de… l'inaction à des «réflexions», mais aussi au choix d'essences d'arbres plus robustes dans les espaces verts, à des études sur l'urbanisme et les îlots de chaleur, ou des alternatives à la climatisation traditionnelle.

«Comme cela n'est pas dans la tête des électeurs, l'adaptation est loin d'être un enjeu des municipales, estime Stéphane Hallegatte, ingénieur Météo-France, économiste au Cired (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement) et membre du 2e groupe de travail du Giec, sur l'adaptation au changement climatique. Les électeurs veulent bien quelques mesures pour réduire les gaz à effet de serre, bien que beaucoup restent impopulaires. De leur côté, les politiques se plaignent d'être pris entre deux feux.»

«Copenhague (Danemark) est impressionnante en matière de gestion des eaux. Cette ville a expressément pris l'adaptation au changement climatique en compte. Les Pays-Bas aussi», poursuit le chercheur, qui explique le peu de prise de conscience, en France, par l'absence de «hot spots», à l'image de la Nouvelle-Orléans ou des Pays-Bas.

«On se focalise beaucoup sur les gaz à effet de serre, mais de toute façon, le réchauffement est là, explique Alexia Leseur, chef de projet à la Mission climat de la Caisse des dépôts et consignations. Les villes côtières, les grandes agglomérations, les villes de montagne surtout doivent s'y préparer dès maintenant. Mais la prise de décision est difficile car le changement climatique est un processus de long terme, et que les mandats électoraux, eux, relèvent du court terme.»

De son côté, l'Association des maires des grandes villes de France (AMGVF) estime que si les villes doivent choisir où investir, «ce sera plus dans la réduction des gaz à effet de serre que dans l'adaptation. Nous percevons plutôt la réduction comme un levier d'action quand l'adaptation demeure une stratégie. Il faudra un jour qu'il y ait une véritable planification nationale en matière d'adaptation.»



(1) Un îlot de chaleur urbain (ICU) désigne la hausse des températures maximales en milieu urbain par rapport aux zones rurales voisines. Un ICU est notamment dû au faible albédo (capacité d'une surface à renvoyer l'énergie solaire) d'une ville, à l'absence d'arbre, d'eau, aux activités humaines (aéroport)...



(2) Ce collectif de jeunes architectes promeut l'exposition qui a fait connaître ce projet de fin d'études. Il analyse, sur une surface représentative de 10 km2 de la ville de Rennes, les effets d'une hausse de la température de 6°C en 2100, et les moyens d'y répondre.




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