Voici que s'ouvre l’ère de l’éolien marin sans subvention

Le 30 juillet 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'an passé, l'Europe a installé 3,6 GW de capacité éolienne marine.
L'an passé, l'Europe a installé 3,6 GW de capacité éolienne marine.
Fred Olsen

Une étude britannique montre la spectaculaire baisse des coûts de production de l’éolien offshore européen. Pour les chercheurs, la filière pourra très bientôt se passer de soutien public.

Il y a encore quatre ans, les analystes estimaient que les coûts de production de l’éolien marin flirteraient avec les 50 €/MWh vers … 2050. Erreur. Ces niveaux ont été atteints, l’an passé, lors d’appels d’offres européens. Ce n’est pas le fruit du hasard. Progrès techniques, optimisation de l’installation, de l’exploitation et ingénierie financière ont considérablement fait chuter le montant de la facture des aérogénérateurs offshore ces dernières années.

Entre 2015 et 2019, les coûts de production des fermes éoliennes marines du Vieux monde ont, en moyenne, baissé de 12% par an, soulignent les auteurs d’une étude internationale, publiée en début de semaine par Nature Energy. Les parcs qui mouilleront prochainement dans les eaux néerlandaises et allemandes n’auront plus besoin d’être subventionnés.

43 parcs examinés à la loupe

L’équipe dirigée par Malte Jansen (Imperial College de Londres) a comparé, les résultats de 17 appels d’offres européens, ayant permis la construction de 43 parcs, pour une puissance totale de 20 GW[1]. Les scientifiques ne se sont pas focalisés sur le montant des investissements ou sur le coût de production affiché par l’exploitant. C’eut été peine perdue : les machines sont de technologies différentes et fixées sur des fondations monopieux, gravitaires ou sur des jackets. Selon les projets, les coûts de raccordement sont à la charge, ou non, du développeur. On ne peut comparer l’incomparable.

Pour mener à bien leur évaluation, les économistes ont défini un revenu mensuel de chaque ferme éolienne, qui agrège les produits générés par les machines tout au long de leur vie opérationnelle, même après l’arrêt du subventionnement. Intérêt de la démarche : ce revenu peut être comparé aux prix de gros de l’électricité, au coût actualisé de l'énergie (LCOE) d’autres technologies, voire aux recettes générés par d’autres parcs éoliens.

Baisse des subventions

Premier résultat: les gains des parcs qui seront mis en service à partir de cette année oscilleront entre 50 et 70 €/MWh, quelle que soit leur capacité, leur situation géographique, le niveau de soutien public. Au Danemark et aux Pays-Bas, la fourchette est plus resserrée : entre 55 et 50 €/MWh. Au large de Dunkerque, le consortium mené par EDF estime pouvoir faire mieux. Un parc britannique prévoit même de passer sous la barre des 50 €. Dit autrement, l’éolien marin devient réellement compétitif par rapport aux énergies fossiles ou nucléaire. Ce que confirme une évaluation récemment publiée par la banque d’affaires Lazard.

Ces bonnes performances sont à mettre en parallèle d’une baisse régulière des aides publiques. Ces 5 dernières années, les gouvernements ont réduit, en moyenne, leur soutien à l’éolien offshore de 10 €/MWh/an. Le moment où l’éolien marin pourra se passer des brassières de la subvention semble proche. Les auteurs de l’étude situent cette échéance à 2023. A moins que, comme à leur habitude, les industriels de l’éolien soient plus efficaces que prévu.



[1] Ces appels d’offres ont été organisés en Belgique, au Danemark, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.