Vivre avec les crues

Le 14 décembre 2011 par Stéphanie Senet
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La crue la plus forte de la Seine remonte à 1910
La crue la plus forte de la Seine remonte à 1910

Alors que les zones très exposées aux inondations se multiplient à travers le monde, le WWF a organisé, les 13 et 14 décembre à Paris, un colloque sur la protection contre les crues. Plutôt que de construire des digues, l’ONG préconise, exemples à l’appui, des aménagements d’ensemble qui prévoient de restaurer ou de soutenir les écosystèmes. Une nouvelle culture de la prévention du risque inondation?

La protection contre les crues ne se limite pas aux digues bétonnées. En donnant la parole à différents acteurs européens engagés dans des programmes de restauration de rivières, ce colloque a montré que des solutions alternatives au bétonnage existent.

 
La question s’avère d’autant plus cruciale que le risque d’inondation augmente dans le monde. «Selon l’ONU, un milliard de personnes vivent dans des zones très exposées aux inondations, et leur nombre devrait doubler d’ici 2050, sans compter la multiplication des événements extrêmes résultant du changement climatique», rappelle Jean-Stéphane Devisse, directeur des programmes du WWF.
Sans compter la facture des dommages provoqués par la moindre sortie de lit, entre 100 millions et 1 milliard d’euros, selon Nicolas Bouduceau, directeur scientifique et technique du Centre européen de prévention du risque d’inondation (Cepri).
 
Pour toutes ces raisons, ce risque doit être pris en compte le plus en amont possible, «sans toutefois craindre les crues», précise l’association de protection de la nature. Il faut au contraire favoriser leur écoulement naturel dans des zones humides. C’est donc une nouvelle culture de la prévention qui doit s’inventer, pour éviter de renouveler les erreurs du passé. Le colloque a rappelé que, pendant des dizaines d’années, les rivières ont été systématiquement aménagées, voire recalibrées. Les rives ont été bétonnées. Les zones humides ont été assainies et récupérées pour des activités humaines. L’eau a été captée pour irriguer les cultures. Bref, les crues et les inondations sont apparues de plus en plus incontrôlables, et de nombreuses espèces animales et végétales ont été vouées à disparaître.
 
Si le WWF a décidé d’inciter les acteurs à porter un nouveau regard sur les crues, c’est parce qu’elles sont «essentielles à la respiration des fleuves». Elles ont même plusieurs vertus: elles permettent de nettoyer le lit des cours d’eau, de recharger les nappes alluviales essentielles au stockage et à l’épuration de l’eau, et de remodeler les habitats de certaines espèces. Quant aux oiseaux, ils ont besoin de rives riches et de bras morts, selon Jean-René Malavoi, chargé de mission Hydromorphologie fluviale à l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema). Il a ajouté que les rivières ont besoin d’espace pour leur permettre d’éroder leurs berges, de laisser une zone d’expansion naturelle aux crues, de favoriser l’épuration des composés azotés grâce aux forêts qui les longent.
 
En région parisienne, l’établissement public territorial de bassin (EPTB) Seine Grands Lacs compte ainsi restaurer une zone humide pour protéger la région d’un risque d’inondation. Il s’agit du projet de La Bassée (1), soumis au débat public depuis le 2 novembre dernier et jusqu’au 15 février 2012 (2). «Le risque d’inondation en Ile-de-France représente la première catastrophe naturelle prévisible en France», affirme Régis Thépot. «En cas de crue majeure, 850.000 Franciliens seraient touchés, et 2 millions de personnes seraient en situation de fragilité électrique, sans parler des dommages qui s’élèveraient à 17 Md€», poursuit le directeur général de l’EPTB . L’aménagement prévoit un ensemble de casiers délimités par des digues paysagères. Au total, 58 kilomètres de talus délimiteront 2.300 hectares d’aires de sur-stockage. En cas de fortes crues de l’Yonne, le débit de la Seine sera ainsi réduit en amont de la confluence des cours d’eau par son stockage dans les casiers de la Bassée. Cela permettra de restaurer la zone humide, qui a été dégradée par les carriers.
 
A un niveau plus institutionnel, les programmes d’action de prévention des inondations (Papi) se développent en France dans le cadre de l’appel à projets lancé par la Commission mixte inondation (CMI) mise en place le 12 juillet dernier par le ministère de l’écologie. Un avis favorable a été émis pour labelliser et financer 6 de ces projets (basse vallée du Var, ville d’Ajaccio, Dordogne lotoise, baie d’Yves et de Chatelaillon-Plage en Charente-Maritime, Audomarois dans le Pas-de-Calais et Garonne), selon le communiqué de presse du ministère du 14 décembre. 6 PAPI et 2 plans Submersions rapides (renforcement des digues) avaient déjà été actés, ce qui représente au total une enveloppe de 193 M€ (dont une participation de l’Etat de plus de 75 M€) en faveur de la lutte contre les inondations.
 
Pour le Rhin, la Commission internationale dédiée à la protection du fleuve (CIPR) mène également un programme de restauration qui vise à redynamiser les zones alluviales, remettre en connexion des cours d’eau alluviaux et accroître la diversité morphologique des berges. «La prise de conscience a démarré au lendemain de l’accident de Sandoz, qui a provoqué en novembre un déversement de pesticides et de mercure dans le fleuve», rappelle Adrian Schmid-Breton, représentant de la CIPR. Un premier programme, qui s’est déroulé de 1987 à 2000, a déjà permis de réduire 50 à 70% les taux de 60 substances chimiques prioritaires, comme le cadmium, le plomb ou le mercure.
 
En Suisse enfin, un projet de troisième correction du Rhône amont a été lancé au lendemain de la crue historique d’octobre 2000. «Nous visons à obtenir 10 à 15 élargissements du fleuve et à recréer un véritable delta au niveau de l’embouchure du fleuve dans le lac Léman pour garantir la sécurité en cas de crue, mais aussi développer la biodiversité dans les zones alluviales», a déclaré Florian Haenggeli du WWF Suisse. Problème: le projet est pour l’heure bloqué par les agriculteurs locaux, qui refusent le réaménagement foncier de la zone. Ce qui n’empêche pas la prise de conscience du risque de crues de s’élargir en Europe.
 
(1)   http://www.la-bassee.com/
(2)   http://www.debatpublic.fr/print.html?id=130&type=debats_ouverts


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