Vitamines et oligoéléments: des effets contre-productifs?

Le 19 octobre 2011 par Romain Loury
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Plusieurs compléments alimentaires, notamment les multivitaminés et ceux à base d’oligoéléments, sont liés à une hausse du risque de mortalité chez les femmes âgées de 55 à 69 ans, selon une grande étude américaine publiée dans les Archives of Internal Medicine.
 
Aux Etats-Unis, environ la moitié des adultes prennent de tels compléments alimentaires, une proportion qui s’élève à 85% chez les femmes de cet âge! Et ce dans l’espoir d’améliorer encore sa santé et de prévenir les maladies. Un objectif qui, pour le moins, semble loin d’être atteint, selon l’étude menée par l’équipe de David Jacobs, de l’université du Minnesota (Minneapolis).
 
Lorsqu’ils ont débuté leur analyse de la cohorte IWHS [1], les chercheurs s’attendaient à un effet nul sur la mortalité. Une hypothèse qui a posteriori s’est avérée optimiste: à l’exception des compléments en calcium, liés à une baisse de 9% du risque, la plupart de ceux étudiés étaient au contraire associés à une hausse.
 
Plusieurs d’entre eux atteignaient même un bon degré de certitude statistique: ceux à base de cuivre (risque accru de 45%), d’acide folique (ou vitamine B9, +15%), de vitamine B6 (+10%), de fer (+9%), de magnésium (+8%), de zinc (+8%) et les suppléments multivitaminés (+6%) [2]. Et même après prise en compte de l’âge, du poids, de l’activité physique, des consommations d’alcool, de fruits et légumes, etc.
 
Sans affirmer l’existence d’une causalité directe, les auteurs regrettent qu’«à la différence des médicaments», les compléments ne fassent l’objet d’«aucune étude rigoureuse» avant leur mise sur le marché.
«Il existe très peu de justifications à une utilisation aussi généralisée. Nous recommandons de ne les utiliser que sur motif médical, tel qu’une maladie symptomatique liée à une déficience nutritionnelle», concluent-ils.
 
«L’emploi de ces compléments est passé d’une correction des déficiences à une recherche du bien-être et de prévention des maladies. Les consommateurs pensent qu’ils sont sûrs, ils les utilisent sans surveillance de leur médecin», remarquent Goran Bjelakovic et Christian Gluud, de l’hôpital universitaire de Copenhague, dans un éditorial.
 
Avec ces compléments, «nous pensons que le principe ‘le plus, le mieux’ est faux (…). Pour tous les oligoéléments, les risques sont aussi bien dans l’insuffisance que dans l’apport excessif», ajoutent les chercheurs, selon qui rien ne vaut «un régime alimentaire sain et varié».
 
L’étude a aussitôt suscité une levée de boucliers des tenants des compléments alimentaires, notamment de l’Alliance for Natural Health (ANH), qui dénonce son «réductionnisme scientifique» dans un communiqué. Deux jours plus tard, d’autres associations, le Council for Responsible Nutrition et la Natural Products Association, se sont érigées contre une autre étude, montrant un lien entre les compléments en vitamine E et le risque de cancer de la prostate.
 
[1] Conduite sur la cohorte Iowa Women’s Health Study (IWHS), cette étude a débuté en 1986 sur près de 38.800 femmes âgées de 55 à 69 ans. Ces participantes devaient déclarer leur usage de compléments à leur entrée dans l’étude, puis en 1997 et en 2004.
[2] Une tendance similaire était observée avec la vitamine A (+6%) et le sélénium (9%), mais sans atteindre la significativité statistique.


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