Vitamine B9: des carences aux effets transgénérationnels

Le 02 octobre 2013 par Romain Loury
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Darwin remis en cause ?
Darwin remis en cause ?
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Les carences nutritionnelles en folate (vitamine B9), liées à des malformations congénitales, seraient héritables sur plusieurs générations, suggère une étude menée chez la souris et publiée dans la revue scientifique Cell.

Le folate est administré en complément alimentaire aux femmes enceintes. Objectif: prévenir chez l’enfant les malformations liées à ses carences, telles que troubles cardiaques, défauts de fermeture du tube neural («spina bifida») et anomalies placentaires. Or, selon l’équipe d’Erica Watson, de l’University of Cambridge (Royaume-Uni), un trop faible apport sur une génération donnée peut avoir des répercussions à long terme au sein d’une famille.

Les chercheurs ont étudié des souris mutées pour le gène Mtrr, impliqué dans le métabolisme du folate. Sans surprise, leurs rejetons présentaient des malformations similaires à celles observées chez l’homme. Plus étonnant, de tels défauts étaient observés sur les générations suivantes, au moins jusqu’à la 5e, à savoir chez les arrière-arrière-petits-enfants des souris d’origine [1]. Et ce, alors que la mutation du gène Mtrr avait été éliminée par croisement.

Leur explication n’étant plus à chercher dans le génome, ces malformations seraient d’origine «épigénétique»: la carence originelle en folate a induit des changements héritables au niveau de l’expression de gènes du développement. Non pas au niveau de la séquence de l’ADN, mais de son degré de méthylation, modification chimique qui altère l’expression des gènes. Pour les auteurs, cette découverte a «d’importantes implications en termes d’évolution»: «Une fois qu’un défaut épigénétique apparaît, il se pourrait que l’on ne revienne jamais complètement à l’état ancestral».

Une remise en cause du tout-génétique

C’est en effet là une nouvelle mise en cause d’un dogme prévalant en biologie, selon lequel les gènes seraient le seul facteur héritable. Et au-delà, c’est un vieux concept de la biologie de l’évolution qui reprend du galon, longtemps relégué au rang des idées erronées par le néodarwinisme [2]: celui de l’hérédité des caractères acquis.

«Nos recherches montrent que les maladies peuvent s’hériter par des voies épigénétiques plutôt que génétiques, ce qui a d’importantes implications en termes de santé humaine. Les facteurs environnementaux qui influent sur les motifs épigénétiques, tels que le régime alimentaire et les agents chimiques, peuvent aussi avoir des effets à long terme, multigénérationnels», explique Erica Watson dans un communiqué (http://www.cam.ac.uk/research/news/folic-acid-deficiency-can-affect-the-health-of-great-great-grandchildren) de l’université de Cambridge.

Le phénomène n’est pas inconnu chez l’homme, l’exemple le plus fréquemment cité étant celui de la disette qui a sévi en Hollande en 1944. Non seulement les enfants nés de femmes enceintes pendant cette période étaient plus petits que la moyenne, souffraient plus souvent à l’âge adulte de diabète et d’obésité, mais leurs enfants présentaient à leur tour une fréquence accrue de ces troubles. Reste à savoir si les générations suivantes seront aussi affectées.

Outre l’exposition nutritionnelle, l’effet transgénérationnel d’un facteur environnemental est également connu pour des agents chimiques, en particulier les perturbateurs endocriniens. Parmi eux, le bisphénol A perturbe le comportement de souris sur plusieurs générations, tandis que les pesticides sont suspectés d’altérer la fertilité masculine. Quant au diéthylstilbestrol, le Distilbène administré aux femmes enceintes jusqu’aux années 1970, ses effets sur la troisième génération sont désormais bien décrits.

[1] Les chercheurs n’ont pas poursuivi l’expérience au-delà de la 5e génération.

[2] Le néodarwinisme, ou «théorie synthétique de l’évolution», constitue la synthèse de l’évolution darwinienne, de la théorie de l’hérédité mendélienne et de la génétique.

 



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