Vison d’Amérique: controverse sur de nouvelles cages-pièges

Le 01 juin 2016 par Romain Loury
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Le vison d'Europe (Mustela lutreola)
Le vison d'Europe (Mustela lutreola)

Comment piéger le vison d’Amérique, espèce nuisible invasive, sans nuire au vison d’Europe, en danger critique d’extinction? Dans un arrêté en cours de consultation jusqu’au vendredi 10 juin, le ministère tente de résoudre ce dilemme en permettant l’utilisation de nouveaux types de cages, qui ne font pas l’unanimité.

En consultation depuis le 17 mai jusqu’au vendredi 10 juin, ce projet d’arrêté fixe la liste des espèces non indigènes d’animaux classés nuisibles sur le territoire métropolitain. Il s’agit de six espèces, toujours les mêmes: le raton laveur, le chien viverrin, le ragondin, la bernache du Canada, le rat musqué et le vison d’Amérique.

Au vu du peu de changement d’une année sur l’autre, cet arrêté, qui devrait prendre effet à partir du 1er juillet, sera le premier à porter sur une période de 3 ans, et non sur 1 an comme les précédentes versions.

Le principal changement a trait aux cages non létales utilisées pour piéger le vison d’Amérique. Depuis 2012, toute cage-piège positionnée entre avril et juillet à moins de 200 mètres d’un cours d’eau devait être équipée d’une trappe de 5 centimètres sur 5 centimètres sur sa partie supérieure. L’objectif était de permettre aux femelles visons d’Europe, plus petites, de s’extraire rapidement de la cage pour ne pas délaisser leur progéniture.

Des cages équipées de balises

Cette obligation devrait prendre fin avec ce projet d’arrêté: sur autorisation individuelle délivrée par le préfet, il sera désormais possible d’utiliser, toujours entre avril et juillet et à moins de 200 mètres de la rive, des cages équipées d’une balise électronique signalant l’activation du piège. Le piégeur pourra dès lors s’y rendre dans un délai de 4 heures, puis délivrer les éventuels visons d’Europe (mâles ou femelles), ou éliminer les visons d’Amérique.

Selon le ministère, ce nouveau dispositif «pourra contribuer à améliorer l’état de conservation de l’espèce dans son aire de répartition théorique, et augmenter l’efficacité du piégeage du vison d’Amérique, espèce invasive qui a colonisé la quasi-totalité de l’habitat du vison d’Europe». Elle sera aussi bénéfique pour d’autres espèces vulnérables, mais ne passant pas par la trappe, tels que la genette ou la loutre –animal semi-aquatique comme le vison.

Rédigé en concertation avec la Dreal Aquitaine Limousin Poitou-Charentes (principal zone de répartition du vison d’Europe) et l’ONCFS[i], ce projet d’arrêté a reçu un avis favorable du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage (CNCFS), fin avril, et a été présenté pour information au Conseil national de la protection de la nature (CNPN), indique le ministère.

Un geste pour les piégeurs?

La Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM), hébergée par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), ne le voit pas du même œil: cette évolution du piégeage vise à «satisfaire les piégeurs, qui n’ont pas envie de laisser passer un animal», juge Pierre Rigaux, administrateur de l’association.

Si ce nouveau dispositif est «un peu mieux pour certaines autres espèces, l’urgence consiste surtout à permettre aux femelles visons d’Europe de s’évader rapidement», ajoute-t-il. D’autant que pour de très jeunes visons, le délai de 4 heures, dont «personne n’ira vérifier» s’il est respecté, est déjà «trop élevé».

Pour le ministère, le nouveau dispositif aura aussi un intérêt scientifique, en permettant de «déterminer le niveau de présence de cette espèce, en danger d’extinction et rarement observée dans son aire de répartition française, et donc d’actualiser l’aire de répartition».

Dans son commentaire au projet d’arrêté, la SFEPM dit quant à elle «dénoncer depuis 2004 l’absence de suivi structuré et ciblé de l’espèce, spécifiquement encadré et utilisant les techniques les plus efficaces pour évaluer le statut de la population».

Le vison d’Europe a fait l’objet de deux plans nationaux d’action, le dernier pour la période 2007-2011: «c’est une espèce abandonnée par l’Etat», déplore Pierre Rigaux. Si le dispositif prévu par le ministère était maintenu, la SFEPM envisagerait de saisir la Commission européenne (au nom de la «directive Habitats») et la Convention de Berne.



[i] Dreal: Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement. ONCFS: Office national de la chasse et de la faune sauvage.

 



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