Virus zika: bientôt en métropole?

Le 04 janvier 2016 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Une menace dans 30 départements métropolitains
Une menace dans 30 départements métropolitains

Après l’Amérique du Sud, le virus zika, transmis par les piqûres de moustique, a fait ses premières victimes en Martinique et en Guyane française, a annoncé le ministère de la santé fin décembre. Très souvent bénigne chez l’adulte, la maladie l’est beaucoup moins chez les femmes enceintes, où elle entraîne de graves malformations chez l’enfant.

Après la dengue et le chikungunya, place au zika: isolé pour la première fois en 1947 sur un singe d’Ouganda, ce virus a déjà sévi en 2013-2014 en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie, et circule depuis 2014 en Amérique du sud. De manière particulièrement virulente au Brésil, où des milliers de personnes ont été touchées. Il est véhiculé par les mêmes moustiques, l’Aedes aegypti et l’Aedes albopictus, le fameux moustique tigre.

Certes le virus, qui ne dispose ni de traitement spécifique ni de vaccin, est la plupart du temps sans gravité chez l’adulte: les symptômes (légère fièvre, maux de tête, courbatures) durent de deux à sept jours, et n’apparaissent que chez un quart des personnes infectées. Des signes plus graves peuvent cependant apparaître, notamment auto-immuns ou neurologiques, dont des encéphalites.

L’infection est en revanche très grave chez les femmes enceintes: le virus peut entraîner chez l’enfant à naître des microcéphalies, anomalies du développement cérébral intra-utérin qui se manifestent par une très petite tête et un sévère retard mental.

Au Brésil, la situation est d’ores et déjà très inquiétante: fin décembre, les autorités sanitaires faisaient état de 2.782 cas de microcéphalie dans le pays depuis le début de l’épidémie, soit environ 20 fois plus que ce qui est attendu. Ce qui a poussé le gouvernement brésilien à décréter l’urgence de santé publique.

La Martinique et la Guyane française touchées

Or après la Polynésie française en 2013, voici la France de nouveau touchée, en Martinique et en Guyane française, comme l’a confirmé le ministère de la santé le 21 décembre. Le 29 décembre, l’Institut de veille sanitaire (InVS) détaillait la situation: 3 cas en Guyane, 3 autres en Martinique. Et tous sont «autochtones», c’est-à-dire qu’ils ont été contractés sur place, à la différence de cas dits «importés».

Après les départements français d’Amérique (DFA), y a-t-il un risque de voir le virus zika s’étendre à d’autres régions françaises? Début août, le Haut conseil de santé publique (HCSP) estimait que le risque de transmission était «réel» à La Réunion, à Mayotte et en métropole.

Dans celle-ci, le moustique tigre poursuit sa progression, avec désormais 30 départements où il est considéré une menace pour la population. Et plusieurs départements du sud de la France ont déjà vu des cas de transmission autochtone du chikungunya et de la dengue.

Des cas métropolitains «très certains»

En France métropolitaine, «il y aura très certainement des cas de transmission du virus zika», juge Frédéric Simard, directeur de l’unité mixte de recherche (UMR) Mivegec [1] de Montpellier, contacté lundi 4 janvier par le JDLE. Il suffit pour cela qu’une personne revienne infectée d’une zone touchée -dont les DFA-, qu’un moustique tigre la pique puis s’attaque à d’autres personnes, pour que celles-ci contractent la maladie à leur tour.

«De là à dire que l’on aura 1.000 cas par an en France métropolitaine, certainement pas», complète aussitôt Frédéric Simard. «Il faut plutôt s’attendre à de petites flambées localisées, probablement tous les ans», comme pour le chikungunya et la dengue. Outre le fait que les médecins sont désormais «sensibilisés» à ces maladies vectorielles, la métropole dispose d’une saison hivernale qui entraîne «une purge» des moustiques. A la différence de l’outre-mer, qui «n’a pas de période complètement hostile à la présence du moustique».

La propagation du zika est-elle le fait du réchauffement climatique, et si oui, est-ce là un risque additionnel pour la métropole? A la rigueur lorsqu’il s’agit d’évènements climatiques extrêmes, dont de fortes précipitations, mais beaucoup moins pour le réchauffement lui-même: «les moustiques sont des ectothermes [ils ne régulent pas leur température, qui suit celle du milieu extérieur, ndlr], donc forcément le réchauffement va influencer leur physiologie, mais l’impact est très faible par rapport à la mondialisation des échanges», conclut Frédéric Simard.

[1] L’UMR Mivegec (Maladies infectieuses et vecteurs, écologie, génétique, évolution et contrôle) est sous tutelle du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et de l’université de Montpellier.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus