Vin: le changement de cépage, bouclier contre le réchauffement

Le 28 janvier 2020 par Romain Loury
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Le changement climatique impose des changements de cépage rapides.
Le changement climatique impose des changements de cépage rapides.
VLDT

Au niveau mondial, 56% des terres viticoles actuelles seraient perdues si la température s’accroissait de + 2°C par rapport à la fin du 20ème siècle, selon une étude publiée lundi 27 janvier dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). A moins que les viticulteurs n’optent pour des cépages plus adaptés.

 

En 2013, une équipe américaine avait déjà tiré la sonnette d’alarme sur l’avenir de la viticulture face au réchauffement: plusieurs grandes régions viticoles seraient purement condamnées, dont les vignobles italiens et espagnols, mais aussi ceux de l’Aquitaine, de la vallée du Rhône et de la frange méditerranéenne.

Si ce risque est désormais bien connu des viticulteurs, d’autres chercheurs s’étaient élevés contre les résultats de cette étude, arguant que la vigne dispose de capacités d’adaptation plus importantes que celles supposées par les auteurs de l’étude et que les conditions climatiques peuvent grandement varier au sein d’une même appellation. Publiés lundi 27 janvier, de nouveaux travaux viennent pourtant confirmer l’idée d’un risque imminent.

L’équipe d’Elizabeth Wolkovich[1], de l’université de Harvard (Boston, Massachusetts), a analysé les 11 cépages les plus couramment cultivés à travers le monde: cabernet-sauvignon, chasselas, chardonnay, grenache, merlot, mourvèdre, pinot noir, riesling, sauvignon blanc, syrah et ugni blanc. A eux 11, ils occupent 35% de la surface viticole mondiale, voire entre 64% et 87% dans les principales régions productrices.

Italie et Espagne : grands perdants

S’appuyant sur leurs caractéristiques phénologiques (débourrement, floraison, véraison), les chercheurs estiment que, sans changement de pratique culturale, 56% des surfaces cultivées actuelles deviendraient impropres à la viticulture en cas de hausse de +2 °C par rapport à la période 1970-1979.

Sans surprise, l’Italie et l’Espagne figurent parmi les grandes perdantes, avec une réduction respective de 68% et de 65% des surfaces dont le climat demeure adapté aux cépage actuels. Les gains de surface sont maigres, de 9% pour l’Italie et de 5% pour l’Espagne, aboutissant dans les deux cas à une perte nette.

En France, le bilan est plus mitigé: avec un réchauffement de 2 °C, les surfaces actuelles se contractent de 22%, mais avec un gain de 25% grâce à de nouvelles terres désormais en climat favorable. Les grands gagnants sont la côte nord-ouest des Etats-Unis, avec un gain allant jusqu’à 100%, et la Nouvelle-Zélande, jusqu’à +60%.

La situation se corse lorsque le réchauffement s’élève à +4 °C - comme la tendance actuelle semble le destiner. Au niveau mondial, ce serait désormais 85% des surfaces actuellement cultivées qui deviendraient impropres à la vigne.

Des dégâts limités de moitié

Principale solution selon les chercheurs, changer de cépage. En se tournant vers des variétés plus adaptées aux températures élevées (toujours en restant au sein des 11 retenues dans l’étude), il serait possible de réduire les pertes à 24%, contre 56% sans changement, face à un réchauffement de +2°C.

Dans un scénario +4°C, les bénéfices sont moindres: au lieu de 85%, la perte de surface serait de 58%. Selon les chercheurs, les bénéfices pourraient toutefois être supérieurs, si l’on inclut les milliers de cépages recensés dans le monde.

Si des viticulteurs s’apprêtent d’ores et déjà à changer de cépage, comme dans le Bordelais, nombre d’entre eux y sont encore très réticents: «les viticulteurs doivent encore apprendre à cultiver ces nouveaux cépages. C’est un obstacle important dans certaines régions qui cultivent les mêmes variétés depuis plusieurs siècles, et il faudra que les consommateurs soient prêts à accepter le changement», commente Elizabeth Wolkovich.

Il faudra aussi que, dans les pays où elles exercent leurs talents, les autorités de régulation de l’activité viti-vinicole acceptent une importante modification du cahier des charges des appellations. Cela prend parfois un peu de temps.



[1] L’équipe compte notamment Iñaki García de Cortázar-Atauri (INRA) et Cornelis van Leeuwen (ISVV), co-signataires de la réfutation de l’étude de 2013.